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Rochambeau en Amérique d’après des documens inédits


I. AVANT YORKTOWN

La guerre d’Amérique durait depuis cinq ans ; depuis deux ans, un traité d’alliance, ayant pour unique objet d’assurer « la liberté, la souveraineté et l’indépendance absolue et illimitée des Etats-Unis, » « nous liait aux « insurgens ; » succès et revers alternaient : Brooklyn, Trenton, la Brandywine, Saratoga. Tout récemment, la nouvelle était venue de la double victoire sur terre et sur mer de d’Estaing à la Grenade et on avait illuminé. Les lumières étaient à peine éteintes qu’on apprenait le sanglant échec du même d’Estaing à Savannah. Le pays s’inquiétait de la durée d’une guerre dont, après tant de labeur, l’issue demeurait Incertaine.

Lorsque, dans les premiers mois de 1780, le bruit se répandit qu’un grand effort définitif allait être tenté, qu’il ne s’agissait plus d’envoyer aux Américains une escadre, mais une armée, et que la fin du drame était proche, l’enthousiasme fut immense. Tout le monde voulait partir. On allait passer les mers, visiter des pays inconnus, secourir un peuple épris d’indépendance, qui luttait pour une cause sainte, et dont tous nos volontaires louaient les vertus : le peuple qui avait pour chef Washington et que Franklin représentait à Paris. Une ardeur de croisés enflammait la jeunesse française, et l’expédition