Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/437

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Que le printemps, partout, rayonne, resplendisse,
Qu’il velouté l’amande et durcisse son lait,
Que son doigt lumineux rende la figue lisse,
        Et lui donne l’odeur qui plait

Que tout, autour de moi, dise son allégresse,
Colombes, roucoulez ; cyprès, balancez-vous ;
Ô fleur du grenadier, ouvre ta robe épaisse,
        Criez, merles gourmands et fous !

Mais toi, chante toujours, chante toujours ta plainte,
Ô jet d’eau suspendu dans ton élan brisé,
Lys sonore, si pâle et qu’un arc-en-ciel teinte,
        Chante ton chant inapaisé.

Goutte à goutte, répands la neige sur la flamme,
Accompagne mon rêve et son mal éternel,
Chante, chante toujours, seul ami de mon âme,
        Ô jet d’eau triste et fraternel.


L’APPEL A LA GUERRE SAINTE


Blanche d’une blancheur qui ruisselle au soleil,
Et coule sur l’esprit comme une onde lustrale,
Près d’un palmier dattier dont l’éventail s’étale,
Et balance à la brise un éternel sommeil,
La mosquée éclatante, épouse du soleil,
Fait murmurer sans fin sa fontaine lustrale.

Espérance de l’âme et fête du regard,
Son seuil est accueillant aux pieds nus des fidèles ;
Qui le franchit se sent, aux épaules, des ailes ;
Les parfums consacrés, l’aloès et le nard,
Plus doux au cœur que n’est la lumière au regard,
Joignent sous ses arceaux leurs haleines fidèles.

La cour intérieure et les hauts orangers,
Forêt verte et vivante enchâssée en la pierre ;
Le minaret qu’allège un essor de prière,
La porte aux ais massifs, les auvens ouvragés,