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Revue musicale


Théâtre de l’OPERA : Parsifal, de Richard Wagner. — M. Ferruccio Busoni.


Nous avons eu de fameuses « étrennes d’art. » La Joconde est revenue et Parsifal est arrivé. Les deux joies, il est vrai, ne furent point égales, l’une ayant été plus que l’autre, infiniment plus, mêlée de labeur et de fatigue. L’assistance à l’une des premières représentations, dites « extraordinaires, » de Parsifal, ne fut point une entreprise médiocre. Aller, audition du premier acte, dîner, audition des actes suivans et retour, il fallut exactement sept heures, de cinq heures et demie du soir à minuit et demi, pour la célébration intégrale de cette fête complexe, où la musique et la cuisine, l’admiration et l’ennui, le mysticisme et la mangeaille eurent leur part. On n’oserait point affirmer qu’un exercice de cette importance et de cette durée puisse jamais entrer dans ce que M. Maurice Barrés appelait dernièrement « la courbe normale d’une vie française. »

Au temps héroïque du wagnérisme, — plus précisément au mois d’août 1887, — un des héros de ce temps-là, M. Edouard Dujardin, résumait ainsi, dans la Revue Wagnérienne, « le dessein de Parsifal. »

« Wagner entreprit, dans le Parsifal, la synthèse de la sensation humaine : j’entends, non plus l’évocation de quelques sensations, mais l’évocation de l’ensemble des sensations qui sont l’homme ; l’expression de l’homme, autrement dit.

« Et son œuvre antérieure était une tendance vers cet objet. Dans la Tétralogie, le symbolisme général de l’Or et delà Charité (die Liebe, et primitivement Freia) expliquait l’homme par deux contraires désirs, fin et cause de tous actes sensibles… Dans Tristan, le désir d’amour est le mobile de toutes sensations ; ce n’est plus l’essai d’une synthèse universelle… Dans le Parsifal, la synthèse sera totale…