Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/702

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Au début de Parsifal nous apprenons que la colère de Dieu s’est appesantie sur le Montsalvat. Le roi du Graal, Amfortas, violant ses vœux, a cédé aux séductions d’une magicienne, Kundry. L’enchanteur Klingsor, le maître mystérieux et le complice de cette créature, a dérobé la lance qui jadis perça le flanc de Jésus et que l’on conservait auprès du Graal. Avec cette lance il a blessé le roi. Ni les herbes de la forêt voisine, ni l’eau pure de l’étang ne sauraient guérir la plaie d’Amfortas ou seulement rafraîchir sa fièvre. Et pour comble de misère, quand revient le moment des cérémonies saintes, le Roi n’y peut plus présider sans que redouble son martyre. La vue seule du sang divin exaspère le tourment de son corps et de son âme. Bienfaisant autrefois, aujourd’hui funeste, son ministère l’épouvante et le torture. Il voudrait abjurer le terrible sacerdoce, interrompre les rites sacrés et pour lui trop cruels, dussent tous ses compagnons, sans force et sans vertu désormais, sentir leur foi chanceler et s’épuiser leur amour.

Le salut d’Amfortas lui fut promis pourtant. Mais il ne lui viendra que d’un étrange sauveur, d’un homme ignorant et pur, instruit par la pitié : « Durch Mitleid wissend, der reine Thor. » Parsifal sera cet homme. Parsifal, un simple, un innocent, a pénétré dans les bois qui protègent et cachent le Montsalvat. Il a tué, chasseur ingénu, l’un des cygnes consacrés. On le saisit, on l’interroge, et son air interdit, son ignorance de toute chose et de lui-même, semble bien annoncer le rédempteur attendu. Le vieil écuyer Gurnemanz l’emmène au monastère et là, dissimulé dans l’ombre, il assiste à la célébration des saints et douloureux mystères qui peut-être illumineront son âme. Hélas I devant le merveilleux spectacle il demeure si parfaitement stupide, que Gurnemanz furieux s’empresse de mettre à la porte l’inepte tueur de cygnes, en le traitant d’oison.

Acte deuxième : Klingsor, afin d’empêcher la guérison et le salut d’Amfortas, commande à Kundry de séduire l’innocent et de lui ravir la pureté qui fait sa force. Mais, cette fois, la femme est impuissante. Dans l’âme brusquement éclairée du jeune homme, son premier baiser n’éveille que l’image d’Amfortas, le souvenir de la souffrance méconnue autrefois et maintenant comprise, la seule compassion et non l’amour. En vain Klingsor accouru brandit contre le héros la sainte lance que profane sa main. Parsifal la saisit au vol et s’éloigne victorieux.

Troisième acte : errant dans la montagne, il a perdu le chemin du monastère. Un jour enfin, un matin d’avril, il retrouve Gurnemanz et