Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/962

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ménager les susceptibilités de la Turquie, et c’est l’intérêt de la Grèce elle-même, car, pour conserver pacifiquement des conquêtes qu’elle a faites comme dans un rêve de conte de fées, il lui importe fort de renouer avec l’Empire ottoman des relations bonnes et confiantes. En s’emparant de Cavalla, la Grèce s’est probablement aliéné pour longtemps la Bulgarie : si, par surcroît, elle se faisait de la Turquie une ennemie irréductible, la coalition, contre elle, de la Bulgarie et de la Porte serait, pour la suite, un danger que les stipulations de Bucarest, même avec les garanties qu’on y ajoute, ne conjureraient peut-être pas toujours. Mais l’Europe ne veut pas être dupe, ni la Grèce dupée. Si les îles sont attribuées à la Grèce, il faut que cette attribution soit sérieuse et ne soit pas sérieusement contestée. Nous espérons que, d’ici à quelques jours, l’accord se sera fait sur le double lot de questions pendantes en Albanie et dans la mer Egée, et alors bien des nuages seront dissipés. Cependant, il y avait dans les propositions de sir Edward Grey [un point sur lequel, — si nous en jugeons seulement par les dépêches des agences officieuses, — les Puissances tripliciennes ne se sont pas encore expliquées. Sir Edward avait demandé qu’on s’entendît sur le moyen dont l’Europe userait éventuellement pour faire respecter sa volonté. Quand les Puissances de la Triple Entente auront accepté toutes les conditions posées par les Puissances de la Triple Alliance a la notification de leurs volontés communes à Constantinople et à Athènes, est-il permis d’espérer que ces volontés ne resteront pas lettres mortes et qu’on s’arrangera pour qu’elles soient strictement obéies ?


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-Gérant, FRANCIS CHARMES.