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à rester l’hôte incommode du maréchal de Mac Mahon, sans faire sentir son influence, ne fût-ce que dans les conseils ? »

Certains ministres, Jérôme David et Brame notamment, ne se contentaient pas de gémir entre eux sur les embarras que l’Empereur leur créait ; ils le discréditaient publiquement, sans s’en rendre compte, je veux le croire. Us répétaient dans les couloirs, et quelquefois à la tribune, « qu’ils n’avaient rien trouvé de prêt, qu’ils avaient tout à faire. » L’effet de ces accusations n’était pas d’atteindre des ministres dont personne ne s’occupait plus depuis qu’ils avaient disparu de la scène, mais d’accroître la déconsidération de l’Empereur sur laquelle les révolutionnaires comptaient pour séparer sa cause de celle de la France. Nul n’ignorait que le véritable auteur de l’organisation de l’armée, le véritable coupable de sa soi-disant désorganisation, ce n’étaient pas les ministres transitoires, mais le souverain, maître absolu de la chose militaire depuis 1851, et resté tel, même après la réforme libérale.

On fit plus que ne pas défendre l’Empereur ou l’accuser indirectement, on le supprima de la vie officielle. Le ministre de l’Intérieur enjoignit aux préfets de ne se rendre à la messe du 15 août qu’en habit privé, non en costume officiel. Le rédacteur du bulletin officiel, Imbert de Saint-Amand, ayant produit des correspondances étrangères qui racontaient cette fête du souverain et les toasts qui y avaient été portés, on le manda au ministère pour lui notifier qu’en ce moment, il ne convenait pas de parler de l’Empereur.


II

Le Journal officiel du 18 août publia un décret de l’Empereur, contresigné par Palikao, nommant Trochu gouverneur de Paris et des forces chargées de défendre la capitale en état de siège. En même temps, la proclamation du général aux habitans de Paris était affichée sur les murs.

Cette proclamation, très concise, sortait de la banalité ordinaire des documens de ce genre, par deux traits caractéristiques : elle ne mentionnait pas le nom de l’Empereur et paraissait oublier qu’il y eût en France un régime légal qu’on nommait l’Empire. Elle aurait pu être publiée sans y changer un mot sous un gouvernement orléaniste ou républicain : le