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castra de leurs colons militaires, les tentes de leurs sandjaks, les burgs de leurs margraves ou les grosses fermes de leurs zadrougas.

Nombre de ces invasions n’ont fait que passer. Nombre d’autres ont laissé leurs témoins sur le pourtour ou dans le fond de la cuve. Allemands, Slaves du Nord, Magyars, Roumains et Slaves du Sud sont, en fin de compte, restés maîtres de la place. Mais il a fallu vingt et trente siècles de guerres pour en éliminer les autres compétiteurs : il y a deux cents ans à peine, le flot turc battait encore le rempart de Bude et, si l’Islam s’est retiré avec lui, les autres religions de l’Europe occidentale et levantine, les trois christianismes catholique, protestant et orthodoxe, sans compter le judaïsme, continuent de s’y affronter. M. Steed cite quelque part le mot de Metternich : « L’Asie commence au faubourg de Vienne, à la Landstrasse. » Vienne est au pouvoir des blancs d’Europe, en effet ; mais à quelques kilomètres, commence la Hongrie, terre des Jaunes et des Israélites, l’Asie magyare et judaïsante.

En ce carrefour de batailles, le Habsbourg est un jour apparu pour établir la trêve de Dieu. Pauvre baron suisse ; , descendu de son château de l’Aar, il avait été élu par ironie chef laïque de la chrétienté occidentale, gérant nominal de ce Saint-Empire romain germanique, dont relevaient en théorie tous les royaumes de l’Occident. Il avait profité de ce titre pour s’attribuer la possession héréditaire de l’Ostreich, de l’Ostmark, de cette Marche, de ce « Royaume de l’Est, » qui était alors le boulevard de la chrétienté occidentale vers le Levant. L’Autriche et la burg de Vienne devinrent ainsi sa terre et sa résidence ; elles le sont toujours demeurées.

De la fin des Croisades au début de notre Révolution, le Habsbourg conserva presque toujours la couronne impériale, et il resta toujours à son poste de margrave d’Autriche. Il put avoir d’autres ambitions et d’autres rôles dans l’Empire germanique, dans le reste de l’Occident et jusque dans les terres à peine découvertes du Nouveau-Monde. Mais dans sa Marche danubienne, défenseur avancé du christianisme et de l’Europe contre l’Asie mécréante, son rôle historique fut de fédérer autour de son Autriche les chrétientés voisines pour soutenir, repousser, briser enfin los assauts de l’Infidèle : ce sont les murs de Vienne, défendus par tous les chrétiens du voisinage, qui