Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/680

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Comme aujourd’hui : et, en dépit des différences, que d’analogies entre les époques ! En 1620, la France était fort agitée, de même qu’à la veille de la présente guerre : une fois comme l’autre, l’Allemagne espère profiter de notre inattention. M. Jacques Bainville note que la défenestration de Prague, début de la guerre de Trente ans, ressemble à cet assassinat de Serajevo, début de la présente guerre. A deux reprises, nous sommes tirés de nos chamailleries et les affaires du dehors s’imposent à nous. Quand la révolte de Bohême eut éclaté, les princes protestans d’Allemagne qui, contre l’Empereur, se réunissaient aux Bohémiens, firent appel au roi de France, leur allié. L’empereur Ferdinand dépécha, lui, à la cour de France son Friedenbourg, lequel eut mission de représenter à Louis XIIl et à Luynes : « qu’avec la révolte de l’électeur palatin, il s’agissait d’une conspiration républicaine ; que, de toutes les républiques, villes libres, aristocraties et démocraties protestantes, naissait un mouvement qui menaçait au même titre toutes les monarchies, » etc. Bref, le roi de France était prié de songer à la « solidarité des trônes : » est-ce que Guillaume II ne s’est pas adressé, hypocritement d’ailleurs, à Nicolas II en termes pareils ? Seconder les princes allemands contre l’Empereur, telle était la tradition de la politique française. Mais Louis XIII, ou Luynes plutôt, hésitait : la France ne seconda ni l’Empereur, ni les princes. Les ambassadeurs et ministres du Roi en Allemagne, mieux informés, plus avisés, ne manquèrent pas de signaler l’erreur : sous prétexte de restaurer l’unité religieuse dans l’Empire, l’Empereur, ne visait qu’à y établir l’unité politique, si périlleuse pour la France ; il fallait contre-carrer ses projets, par une aide fournie aux princes protestans, si protestans qu’ils fussent. Le manifeste des ambassadeurs est, dit M. Jacques Bainville, « un cours complet de haute diplomatie. » Et, la neutralité de Louis XIII en 1620, M. Jacques Bainville la compare à la neutralité de Napoléon III en 1866 : l’une a eu pour conséquence la guerre de Trente ans et l’autre la guerre de 1870 ; le coup de tonnerre de Sadowa, comme on dit, ne rappelle-t-il pas le coup de tonnerre de la Montagne-Blanche ? . . . Si l’on est tenté de trouver ces rapprochemens trop ingénieux, M. Jacques Bainville répond qu’en définitive la France n’a pas cessé d’avoir la même situation géographique, les mêmes voisinages et de faire face au même problème européen : « dans les mêmes cas, les mêmes manœuvres déterminent les mêmes conséquences. »

La faute que Louis XIII, avec Luynes, avait commise. Richelieu sut la réparer. Comment ? En retournant à la politique des Capétiens.