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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Varsovie a succombé. Depuis quelques jours, quelques semaines même, sa chute était prévue ; l’opinion y était préparée ; aussi l’événement, quelque douloureux qu’il soit, non seulement pour la Russie, mais pour les Alliés, n’a-t-il pas produit tout l’effet qu’on en pouvait craindre. Il serait puéril de vouloir en méconnaître l’importance. Une aussi grande ville, à laquelle se rattachent tant de souvenirs et d’espérances, capitale historique d’un pays comme la Pologne, ne tombe pas entre les mains de l’ennemi sans produire dans toute l’Europe une émotion très vive. Gardons-nous de nous y abandonner au point d’en devenir victimes. Sans doute, c’est un beau coup d’avoir pris Varsovie ; mais combien il aurait été préférable de prendre l’année russe ! On l’a essayé, on n’y est point parvenu. Aussi, quelque affliction que les Russes aient éprouvée en apprenant la chute de Varsovie, n’ont-ils pas perdu un atome de leur confiance, et l’histoire présente peu de spectacles aussi nobles que celui qu’ont donné la Douma et le Conseil de l’Empire lorsque l’événement y a été connu. Les paroles qui ont été prononcées là sont de celles qui honorent un peuple, le rendent digne des revanches de l’avenir et les lui promettent avec certitude. Tout le monde connaît d’ailleurs la cause, la seule cause des revers provisoires que les Russes ont subis : elle est dans le manque de munitions. Le même mal a sévi dans des proportions différentes chez tous les Alliés, à l’exception des Italiens, qui ne sont entrés en guerre qu’après avoir eu le temps de s’y préparer et ont profité, avec une rare intelligence, des leçons déjà acquises. Mais au début, personne n’avait prévu quelle effrayante consommation d’armes et de munitions aurait lieu sur les champs de bataille. Nous avons fait les premiers un grand effort pour y pourvoir, les Anglais le font en ce moment, et les Russes s’y mettent à leur tour. S’ils