Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 29.djvu/960

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pour nous ? Nous ne séparons pas notre cause de celle des autres ; mais, sur un point particulier, nous avons pris les devans avec cette générosité parfois imprudente de la France, qui n’écoute que son cœur. Nous avons débarqué un premier détachement à Salonique. Salonique appartenant à la Grèce, il n’est pas douteux que, dans la correction des principes, nous ne pouvions pas en disposer sans son consentement ; mais ce consentement, pouvions-nous le demander à un gouvernement neutre qui tient à conserver au moins les dehors de la neutralité ? Nous aurions beaucoup embarrassé le Cabinet d’Athènes si nous l’avions mis en demeure de se prononcer. Il y a, comme l’a dit le cardinal de Retz, des droits opposés qui ne s’entendent jamais mieux que dans le silence. M. Venizelos était encore au pouvoir lorsque nous avons débarqué à Salonique ; il a protesté, mais il a dit lui-même à la Chambre qu’il ne l’avait fait que pour la forme, et nous sommes convaincu que le gouvernement qui lui a succédé, sur ce point, aurait suivi la même conduite. Quelle que soit l’interprétation qu’on donne au traité qui unit la Grèce à la Serbie, et quand bien même la première voudrait s’abstenir jusqu’au bout, elle ne saurait trouver mauvais que nous venions au secours de son alliée. Que les intérêts des deux pays soient solidaires, c’est l’évidence même. En travaillant pour la Serbie, nous travaillons pour la Grèce, et même pour l’hellénisme dans la plus ample acception du mot. M. Venizelos, qui l’entendait ainsi, l’a fait entendre à la Chambre dans le discours qu’il a prononcé devant elle et dont nous avons déjà fait quelques citations. lia donné lecture des lettres échangées entre le ministre de France et le gouvernement hellénique, puis il a ajouté : — Il est inutile de dire que le gouvernement, outre la protestation qu’il a formulée, ne compte pas prendre de mesures matérielles pour s’opposer au passage de l’armée anglo-française qui accourt à l’aide de nos alliés serbes menacés par les Bulgares. De telles mesures, dans les conjonctures que crée actuellement la guerre européenne, dépasseraient celles que nous imposent les obligations de la neutralité appréciée avec bonne foi. — Il n’est donc pas douteux que nous avons débarqué à Salonique sans avoir en aucune manière manqué à nos devoirs envers la Grèce : c’est son premier ministre qui le déclare. Avons-nous besoin de dire que ce n’est pas l’opinion du gouvernement allemand ? Il a protesté auprès de la Grèce contre la tolérance dont elle s’est rendue coupable à notre égard, et les journaux qu’il inspire écrivent avec le plus grand sérieux qu’après avoir fait tant de bruit de la violation de la neutralité de la