Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/106

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provisions, les quantités variables et arbitraires estimées nécessaires à leur consommation personnelle ou à celle de leurs animaux. Là où l’on n’a pas cru devoir ordonner des saisies, pour le cuivre des ustensiles de cuisine, pour l’or, pour le caoutchouc, etc., on a provoqué l’apport bénévole de tous les approvisionnemens disponibles. L’Etat ou les organes intermédiaires créés par lui se sont donc vus chargés d’une concentration formidable de matières, et d’une répartition universelle.

Si ces conditions, nouvelles dans leur rigueur, ont été poussées plus loin en Allemagne qu’ailleurs, cela tient au blocus commercial presque complet qu’a subi ce pays et à l’énergie particulière avec laquelle on y a voulu mener la lutte d’usure. Mais cela n’en fait pas, autant qu’on pourrait le croire, une exception. Les Alliés, tout en continuant à jouir de la liberté des mers, ont cependant éprouvé une gêne sensible pour se réapprovisionner de certaines denrées et de certaines matières premières. A côté du risque de disette complète, qui menaçait nos ennemis, il existe pour tout belligérant un risque de disette relative et une élévation fatale des prix qui retentissent et sur son activité intérieure et sur ses capacités financières. Or, les guerres sont longues. Les progrès scientifiques, quoi qu’on en ait dit, ne les raccourcissent pas. Il semblerait plutôt qu’ils dussent les prolonger. Le succès sera le résultat de toutes les activités nationales portées à leur plus haut point d’intensité et de durée. Toute négligence, tout défaut d’organisation, qui ralentira la production d’une industrie importante ou qui diminuera, avec les réserves financières du pays, son aptitude à soutenir longtemps la guerre, l’atteindra dans ses meilleures chances de triompher. Ceux qui sauront éviter ces défauts l’emporteront, tôt ou tard ; il faudra donc, bon gré, mal gré, que leurs émules les imitent. La guerre est une forme de concurrence ; elle obéit à la loi générale, et le premier qui emploie un procédé plus efficace oblige tout le monde à suivre. C’est pourquoi l’on ne peut douter qu’en poursuivant son évolution naturelle jusqu’au bout, la guerre devrait conduire quelque jour à la complète absorption des activités pacifiques individuelles dans l’action publique de salut national.