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250 000 hommes contre 390 000 Allemands. Quatre ans auparavant, la victoire de Sadowa avait été remportée par 300 000 Allemands sur 250 000 Autrichiens. La Révolution et l’Ancien Régime livraient combat avec des armées d’une cinquantaine à une centaine de mille hommes.

Déjà, pourtant, Napoléon, devançant son époque, avait cherché à pousser le nombre à ses extrêmes limites. Il avait conçu la Grande Armée. Il avait fait mieux. Si, d’ordinaire, il n’agit pas avec plus de 100 000 à 200 000 hommes, on a dit qu’en 1812 il en avait rassemblé plus d’un million. En réalité, il n’opéra pas avec plus de 650 000. Et c’était déjà plus que n’en peut commander directement un seul chef. Il aboutissait donc à la conception moderne des groupes d’armées. Malgré son génie, il ne put jamais coordonner de pareils ensembles : la machine était trop lourde pour le levier dont il disposait alors. Il avait dépassé les conditions matérielles de son temps.

Depuis un siècle, le progrès a marché. Les groupes d’armées s’articulent sans peine, se tiennent, jouent simultanément, grâce au télégraphe, au téléphone, aux chemins de fer, aux autos, aux ballons. C’est le commandement, au contraire, qui reste au-dessous des possibilités actuelles. Si bien qu’on n’avait pas prévu la mise en campagne de masses de plus de deux millions d’hommes. Nous comptions n’avoir à supporter que le choc de 20 ou 21 corps d’armée allemands de l’active, augmentés de 3 ou 4 corps de réserve, alors que 33 corps et 9 divisions de cavalerie ont opéré contre nous dès le milieu d’août 1914. Plus tard, on nous en a opposé plus de 50. D’après des relevés russes de juin 1915, les armées germaniques du front oriental comptaient à ce moment 45 corps allemands et 26 autrichiens. Au total, on a pu estimer à 2 millions et demi l’effectif de chacun des deux peuples de soldats qui se sont affrontés sur le théâtre occidental, à près de 3 millions chacun de ceux qui ont lutté sur le front russe. Ces énormes ensembles se décomposent en armées d’environ 200 000 ou 250 000 hommes. Chaque parti en présente une dizaine au moins, sur un même front, et elles s’y articulent elles-mêmes en groupes d’armées, par deux, trois ou quatre. La fameuse phalange Mackensen, qui a reconquis la Galicie sur les Russes, se composait de 10 corps d’armée, disposés symétriquement : deux corps en première ligne, puis l’artillerie massée en trois lignes : artillerie légère,