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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Cette quinzaine, — telle que les exigences de notre publication la découpent pour nous dans le temps, du 25 janvier au 10 lévrier, — a été marquée tout d’abord à la Chambre par un débat « sur le régime de la presse » où M. le Président du Conseil a, comme on pouvait s’y attendre, joué le rôle principal. Il l’a tenu avec son autorité ordinaire, en grand artiste maître de son emploi, mettant dans sa diction quelque chose de plus étudié et dans ses gestes quelque chose de plus enlaçant encore, semant autour de la tribune une émotion si communicative que peut-être il fut le seul à ne pas l’éprouver.

C’est de la censure qu’il s’agissait, mais il est défendu de l’appeler par son nom. Et comment aurait-elle un nom, puisque M. Aristide Briand a dépensé la moitié de son effort à prouver qu’elle n’existait pas ? Quand il dit qu’elle n’existe pas, M. le Président du Conseil ne le dit point par forme d’ironie ou de dédain, ainsi que, dans l’argot des gens de lettres, on le dit d’un mauvais ouvrage. Il veut dire qu’en droit, elle est exorbitante, qu’elle n’a aucun fondement légal : axiome que personne ne saurait contester. Une institution pareille ne repose en effet ni sur la loi du 5 août 1914, ni même sur la loi du 9 août 1849. Non seulement, elle n’est pas dans la loi, mais elle est contre la loi : non seulement elle n’est pas dans la lettre, mais elle est contre l’esprit de toutes nos constitutions depuis la Charte de 1830.

Cependant cette censure, qui n’est pas une création du droit, est née de la nécessité de fait, maintenue et perpétuée par la nécessité. « Elle vaudra, affirme M. Briand, ce que vaudront les censeurs ; » et là-dessus, il proclame, en termes plus généraux, une vérité déjà soupçonnée de la philosophie politique, à savoir que toutes les institutions humaines valent ce que valent les hommes chargés de les faire fonctionner ; puis il corrobore la formule d’un exemple, seconde vérité aussi certaine, celle-là tirée de l’histoire : le chêne de saint Louis, à lui seul, n’eût pas suffi à rendre la justice ; il n’est donc pas