Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/686

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui ne menaçait pas directement leur indépendance politique et leur développement particulier. L’Allemagne oubliait que l’expansion germanique, par le cynisme et l’avidité de sa pénétration dans le monde entier, constituait une menace permanente contre tous les droits déjà acquis et contre les libres concurrences commerciales. Les grandes colonies britanniques ne pouvaient s’aveugler sur le danger que couraient l’Angleterre et les Puissances européennes, attaquées par un adversaire sans scrupule. Aucune obligation militaire ne liait les colonies vis-à-vis de la métropole. C’est librement que le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique Australe, ont mis immédiatement et unanimement leurs soldats et leur argent à la disposition du gouvernement britannique. Dès les premiers jours d’août 1914, le premier ministre du Commonwealth australien définissait le devoir des colonies : « Nous sauverons le grand édifice de la liberté britannique pour la transmettre à nos enfans. Notre devoir est clair… Nous irons jusqu’au bout. » Et plus tard, en septembre 1914, il envoyait à Londres ce message : « L’Australie soutiendra l’Angleterre jusqu’à son dernier shilling. » A l’heure actuelle, l’Australie, dont la population ne dépasse pas 5 millions d’habitans, a enrôlé près de 300 000 hommes, elle entretient sur les fronts six divisions qu’elle recomplète régulièrement. On peut estimer qu’elle a envoyé outre-mer plus de 200 000 hommes.

La Nouvelle-Zélande, qui a adopté le service obligatoire le 2 juin dernier, a envoyé jusqu’ici 25 000 hommes ; elle en fournira encore 30 000 avant la fin de 1916. Plus de 100 000 volontaires se sont déclarés prêts éventuellement à combattre dans les armées anglaises.

Les troupes australiennes et néo-zélandaises, connues sous le nom d’Anzac [1], ont d’abord combattu aux Dardanelles, pendant qu’une partie d’entre elles gardait l’Egypte. La chronique et la légende de l’armée australienne se sont identifiées avec l’histoire de la campagne de Gallipoli. Leur bravoure aurait mérité un meilleur résultat. Les troupes françaises qui ont coopéré avec elles gardent le souvenir de la vaillance et de l’humour de ces soldats inconnus. Elles les retrouvent aujourd’hui sur le front occidental, où une partie de leurs

  1. Anzac est l’assemblage de A. (Australie) N.-Z. (Nouvelle-Zélande) A. C. (Armée corps), et résume ainsi les corps d’armée d’Australie et de Nouvelle-Zélande. La baie dans laquelle ils ont débarqué aux Dardanelles a gardé ce nom.