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touche terre, on risque fort d’être dénoncé au groupe de croisière le plus proche. A cet égard, les ravitaillemens en pleine mer valent mieux. Mais ils ne sont pas toujours aisés. L’Atlantique Nord est peu clément aux navires de faibles dimensions. Et puis on est vu, on est remarqué, et la T. S. F. joue aussitôt, si l’on reste accosté quelque temps à un cargo-boat. Les routes de cette mer si fréquentée sont un peu comme celles de terre. On s’y rencontre, on s’y salue et on échange des propos, ne fût-ce que sur la longitude et la latitude.

Qu’on ne pense pas, d’ailleurs, qu’un sous-marin, justement parce que sous-marin, puisse passer inaperçu beaucoup plus qu’un autre bâtiment. Je surprendrai peut-être les personnes qui ne connaissent pas la marine nouvelle, en leur donnant la définition usuelle et un peu ironique du sous-marin : « c’est un bâtiment qui navigue en surface. » On n’ajoute pas, chez nous, mais tout le monde le sait, que ce bâtiment combat en plongée et qu’au demeurant, il plonge toutes les fois qu’il se voit ou se sent poursuivi, toutes les fois aussi qu’il traverse des parages hostiles, toutes les fois même que, le long d’une côte, de simples pêcheurs le peuvent apercevoir.

Quoi qu’il en soit, au large, dans les vastes espaces de l’Atlantique, un Deutschland se tiendra toujours en surface, même après avoir rechargé ses accumulateurs au moyen de sa dynamo actionnée par le moteur à combustion interne et avoir ainsi recouvré ses facultés de marche en plongée. En user autrement et naviguer en plongée sans raison péremptoire, ce serait diminuer à plaisir, dans des proportions considérables, le rendement de la provision de force motrice, c’est-à-dire le rendement du combustible liquide emmagasiné à bord, puisque, je le répète, c’est au moyen de celui-ci que l’on revivifie les accumulateurs d’électricité, que cette transformation d’énergie cause déjà une perte sensible et qu’en dernière analyse la propulsion en plongée est évidemment beaucoup plus coûteuse que la propulsion en surface, à vitesses égales [1].

Tant il y a qu’un accroissement marqué du poids du combustible emmagasiné est d’autant plus désirable pour un sous-marin qu’il ne s’agit pas seulement pour lui d’augmenter son rayon d’action, mais surtout de se donner de plus grandes

  1. On peut admettre la proportion de 3 à 1, grosso modo.