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en forces, et les avait contraints à reculer. C’est cette minute, — ô temps, suspends ton vol ! — que Guillaume II a précipitamment saisie et saluée comme décisive. Mais, presque tout de suite, presque à la minute suivante, avant que l’encre de la dépêche fût séchée, les Roumains et les Russes revenaient à la charge ; pour couvrir et pour dégager le chemin de fer de Constantza à Cernavoda, ils offraient le combat sur une ligne allant de la Mer-Noire au Danube, des environs de Tuzla aux environs de Rasova ; et, le 20 septembre, Mackensen, à son tour, devait rompre jusqu’à une ligne que les communiqués déterminent imparfaitement, mais qui passe à une vingtaine de kilomètres au Sud de Cobadin. Du 20 septembre au 26, on se recueille. Le mardi 26, Mackensen se dit qu’il ne peut se dispenser d’être vainqueur, puisque l’Empereur s’est porté garant devant la nation et devant le monde qu’il l’était ; c’est lui qui attaque, et il est battu. Son plan paraît avoir été de détacher du fleuve la droite roumaine et de la rejeter vers la mer. Mais nos alliés, ayant repris l’offensive sur tout le front, ont enfoncé son aile droite, à lui, et fait plier son centre, tandis que d’autres contingens roumains, qui avaient franchi le Danube entre Routschouk et Tourtoukaï, l’inquiétaient à la fois sur son flanc gauche et sur ses derrières.

Coup hardi, et peut-être aventureux, que ce passage du Danube. Maintenant que les troupes qui l’ont exécuté ont été rappelées et se sont retirées en sûreté sur l’autre rive, il est permis de l’avouer : de loin, les amis de la Roumanie l’admirèrent, mais ils en tremblèrent, dans l’incertitude où ils étaient sur l’importance des contingens ainsi exposés, qui ne pouvaient faire besogne utile que s’ils étaient assez nombreux, et qui, s’ils ne l’étaient pas, pouvaient courir à un désastre. L’un des meilleurs critiques militaires de l’Entente, le colonel Enrico Barone, se faisait l’interprète de ces craintes, et ce n’était pas pour les besoins de la cause, pour une excuse, après la retraite, c’était dans le Giornale d’Italia du 5 octobre : « Si la carte que j’ai sous les yeux ne me trompe pas, disait-il, la zone dans laquelle les Roumains auraient passé le Danube pour tomber sur le dos des Bulgaro-Allemands est à quatre bonnes journées de marche des positions que les Russo-Roumains occupent aujourd’hui dans la Dobroudja. » Et pour nous, si nous-mêmes nous ne nous trompons pas, cette simple constatation coupe court aux polémiques et fixe un point d’histoire : de ce premier passage du Danube, l’État-major roumain n’a jamais attendu autre chose que l’effet d’une « démonstration. » L’opération a commencé, continué, cessé, quand et comme