Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 35.djvu/961

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Seulement, tout est là, il croyait aux destinées de la patrie, et le Piémont ne lui cachait pas l’Italie. Le roi Constantin ne voit au mur que le poing, ganté du gant à crispin, de son beau-frère. Quand il faudrait une résolution, il s’obstine en des expédiens. Après avoir promené sa lanterne parmi des hommes dont les noms ne nous révéleraient rien, il s’est finalement arrêté à la porte de son professeur d’histoire, M. Spiridion Lambros. Il y a du symbole dans ce choix, et de l’ironie dans ce symbole, M. Lambros enseignant justement, à l’Université d’Athènes, l’histoire de la Grèce antique. Et, puisque nous en sommes aux comparaisons étrangères, voici un souvenir qui sera bien à sa place. Lorsque, parlant comme chef du ministère-régence, au nom du roi don Alphonse XII, Canovas se présenta devant les premières Cortès de la Restauration : « Je viens, fît-il dire au Roi, continuer l’histoire d’Espagne. » Beau modèle pour la harangue inaugurale de M. Lambros, si le roi Constantin lui permettait de dire : « Je suis venu recommencer l’histoire grecque ! »

Mais, sans manquer de respect à cet honnête homme, à cet excellent maître, nous n’en attendons pas tant, de lui ni de son élève ; et, au surplus, c’est leur affaire. La nôtre, nous ne nous lasserons pas de le redire, est la sécurité de notre armée de Salonique. C’est tout ce que nous voulons de la Grèce, mais nous la voulons, et nous la recevrons de qui nous la donnera. Du roi, s’il y en a un, et de son ministère, s’il en a un qui ait une autorité suffîsante ; d’ailleurs, si c’est ailleurs qu’est le gouvernement. Nous n’avons pas connu M. Calogeropoulos, nous ne connaissons en M. Lambros que l’archéologue ; mais toute l’Europe connaît M. Venizelos ; et, de le connaître à le reconnaître, il n’y a que l’épaisseur d’une syllabe. Que les Grecs s’arrangent en famille, pour ce qui ne regarde qu’eux. Pour ce qui nous regarde, nous, et ce qui nous importe, nous le réglerons nous-mêmes avec qui se montrera capable de nous entendre et de nous répondre.

La preuve que, dans l’ensemble, les choses ne vont pas à la satisfaction de l’Allemagne, c’est qu’elle s’énerve, déraisonne et même délire de plus en plus. Tandis que M. de Bethmann-Hollweg se débat péniblement contre M. de Tirpitz, les ligues, les pangermanistes, les partisans quand même, à tout risque et à toute outrance, de la piraterie aérienne et sous-marine, l’amirauté se passe de son assentiment, et, au mépris de ses perplexités, — car le chancelier se juge digne d’être pendu s’il n’use pas de toutes les armes, et l’Angleterre l’a prévenu qu’il sera pendu s’il en use, — envoie ses U 53 et ses U 61 assassiner jusque sur les côtes américaines. Qu’en Méditer-