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Teodor de Wyzewa


Ce triste jour d’avril où nous dîmes à notre cher Teodor de Wyzewa un dernier adieu, nous étions là quelques amis fidèles et admirateurs fervens, qu’étreignaient les mêmes regrets. Celui qui avait vécu toute sa vie loin de la foule, isolé dans son rêve d’art et dans sa méditation tendre, s’en allait comme il était venu, discrètement, salué et pleuré par le petit nombre de ceux qui l’avaient connu et aimé, compagnons de son esprit et confidens de sa sensibilité. Tout Paris était resté chez soi, et ne s’était pas douté qu’un des meilleurs écrivains de ce temps venait de disparaître. Le lendemain, je recevais de l’un des nôtres une lettre d’où je détache ce passage : « Je ne sais pourquoi, je me suis rappelé hier les obsèques de Montégut qui, lui aussi, et à la Revue, avait longtemps apporté tant de moissons du dehors, ouvert tant de fenêtres sur de nouveaux horizons et volontairement consacré ses forces à un rôle utile, mais obscur. Si bien qu’il fallut alors la voix de Melchior de Vogüé pour apprendre au passant distrait quel trésor intellectuel il venait de perdre. » Aujourd’hui, la voix de Melchior de Vogüé s’est tue, et le passant est absorbé par de tels soucis qu’on ne saurait lui en vouloir s’il ne prête qu’une attention distraite à la mort d’un simple homme de lettres. Mais il n’est personne ici qu’une telle perte ait pu laisser indifférent. Pendant près de trente ans, la collaboration de Teodor de Wyzewa fut pour cette Revue une force et une parure. Nous tous, ses lecteurs, nous avons vécu dans la familiarité de sa vaste intelligence et de son charmant esprit. Pour tant de pures joies qu’il nous a données, nous devons à