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Scènes de la Révolution russe


V. KORNILOFF CONTRE KÉRENSKY [1]


22 août/4 septembre.

Une foudroyante nouvelle nous arrive : Riga tombe, Riga est tombée ; bientôt suivie d’une plus foudroyante encore : le généralissime Korniloff marche contre Pétrograd.

C’est ainsi que les événemens renchérissent sur les événemens, les catastrophes sur les catastrophes dans cet extraordinaire pays russe où tout apparaît démesuré, formidable, chaotique, inattendu et incohérent. Les matières en fusion dans le creuset et ce creuset lui-même sont tellement hors des proportions habituelles qu’ils dépassent notre puissance de vision et confondent notre entendement. Aussi, rien ne s’y achève, n’y prend figure définitive ; tout y demeure à l’état d’ébauches, ébauches grandioses mais déconcertantes, — jeu interrompu de Titans versatiles et incomplets.

Hier, de la gare de la Baltique à l’Ile de Basile, un vent d’épouvante soufflait à travers les rues de la capitale, précurseur des hordes germaines dont la perte de Riga faisait pressentir la menace ; aujourd’hui, au lieu des Allemands attendus, ce sont les Russes qui arrivent, conduits par Korniloff… Aussitôt, clameurs nouvelles… L’exode commencé s’arrête ; on refoule

  1. Voyez la Revue des 15 mai, 1er juillet, 1er août et 1er septembre.