Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/809

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gouvernemens humains, Jésus-Christ n’a pas cependant dicté aux nations chrétiennes la forme de leur constitution politique, et que c’est là une question libre au-dessus de laquelle l’Église demeure immuable dans sa constitution divine [1]. » Et plus tard, en 1883, à propos des discussions relatives aux princes des anciennes familles régnantes : « Ah ! si vous aviez fait, s’écriait-il, une République assez large, assez grande pour que tout le monde y pût trouver une place, pour que tous les intérêts y fussent sauvegardés, tous les droits garantis ; si vous aviez travaillé sans relâche à faire de bonnes lois, à adopter de grandes mesures pour améliorer le sort des enfans du peuple ; si vous aviez offert le spectacle d’un parti fort, bien uni, gouvernant avec suite et capable d’autorité, vous auriez pu peut-être, je ne dis pas ébranler nos convictions, ni décourager nos espérances, mais rendre nos efforts plus stériles… » Et quelques années plus tard, en 1886, dans des circonstances analogues, il faisait un pas de plus : « Oui, c’était là, déclarait-il, une ambition qui pouvait vous tenter. Les circonstances vous avaient admirablement servis ; vous pouviez rêver de donner à ce pays tant de prospérité à l’intérieur et tant de prestige à l’extérieur, que le patriotisme séduit se courbât devant votre œuvre : alors, les partis étaient vaincus, ils n’avaient plus de raison d’être, et la défaite des opinions eût trouvé sa consolation dans la grandeur de la patrie [2]. »

Il n’est pas nécessaire de presser beaucoup ces paroles pour y deviner à la fois un regret et un rêve, — le rêve généreux d’une France plus unie, d’un régime plus libéral et plus hospitalier. Au fond, Albert de Mun était fait pour cette République large, accueillante et respectueuse du passé dont il n’a cessé, une fois « rallié, » de souhaiter et de préparer l’avènement ; il l’eût honorée par son talent, par son éloquence, par son ardeur d’action positive ; il lui eût rendu les plus signalés services ; il n’aurait pas eu ce rôle un peu ingrat, et tout négatif, et dont il a certainement souffert, d’être le plus brillant orateur de l’opposition parlementaire.

  1. Discours, t. II, p. 400-401.
  2. Discours, t. III, p. 24 et 418. — En 1913, à propos de l’élection de M. Poincaré à la présidence de la République, Albert de Mun reprenait ces nobles paroles et les adressait au nouveau Président (L’Heure décisive, p. 123, 124). — Cf. encore, Discours, tome I, p. 525-527, le très beau développement sur ce qu’aurait pu être 1789.