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sûrement communiqué les articles de mes lettres que cela concerne. C’est dans quatre ou cinq jours, aimable Constance, qu’il faudra l’une et l’autre vous armer de courage…

« Tu as dû recevoir le petit écrin que Mme Murat me chargea de te faire parvenir. Tu ne manqueras pas sûrement de lui écrire lorsque tu l’auras reçu. L’Impératrice me fit l’honneur de me dire, dans le temps, que la procuration était partie [1].

« J’ai dîné hier chez le connétable [2]. La princesse Louis est toujours bonne, à son ordinaire. Elle me demanda avec beaucoup d’intérêt de tes nouvelles et de celles de ma femme… »

Les titres ne gênent point ; l’habitude en semble acquise tout aussitôt, et le cas de Saint-Cyr n’est point isolé. Voici qu’Armande, harassée de son voyage de cinq jours, arrive d’un premier bond, le 17 messidor (6 juillet), à Lyon, où elle s’arrête pour voir des parens de son mari ; de là, à Chalon-sur-Saône, encore chez des parens ; enfin, chez elle, à Maisons, le 22 (11 juillet). « Je ne puis te donner de nouvelles que par ouï-dire, écrit-elle à sa fille quatre jours après, n’ayant encore voulu faire aucune visite. Cette semaine, je me lancerai dans le monde, et c’est alors sûrement que j’aurai à te raconter. Cependant, d’ici au dix-huit brumaire, je me reposerai, car je crois que je ne serai en activité de service qu’à cette époque, le Couronnement ne devant avoir lieu qu’alors.

« Depuis hier soir, à huit heures, je suis toute seule, Saint-Cyr étant allé à la cérémonie qui se fait aux Invalides, prêter son serment comme l’un des commandans de la Légion d’honneur et recevoir, dit-on, la décoration de cet ordre…

« Je n’oublierai pas tes commissions et je les remplirai avec le zèle que tu sais que je mets à ce qui te concerne. Les robes de cour consisteront principalement en une queue de deux aunes (ni plus ni moins) qui s’adaptera à une robe faite à la mode ; deux boucles de cheveux tombant sur la poitrine et deux barbes d’Angleterre sans doute, ou de blonde, tombant par

  1. Pour le baptême de l’enfant. Il n’en est question que dans cette lettre de Saint-Cyr : « J’envoie douze caresses bien gentilles à mon petit-fils. » Plus tard, de Mme de Saint-Cyr, qui l’a tant désiré, silence complet. Il faut penser que l’enfant était mort au bout de quelques semaines. L’Impératrice dit de Constance : « Elle me doit un filleul. » Et, en effet, elle est bientôt enceinte pour la seconde fois d’un enfant que tiennent encore l’Impératrice et Murat.
  2. Louis Bonaparte.