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LE NOUVEAU JAPON

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I

LES HÉROS ET LES DIEUX

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Mes derniers souvenirs du Japon datent des mois qui ont précédé la guerre. Je ne l’avais pas revu depuis quinze ans ; et je l’ai quitté le jour même où il lançait son ultimatum à l’empereur d’Allemagne. C’est déjà très loin. Si je n’écrivais pas maintenant les impressions qu’il m’a faites, je sens que je ne les écrirais jamais. Et peut-être n’est-il pas absolument inutile d’essayer d’en fixer la physionomie au moment où les circonstances l’ont engagé pour la première fois dans les conflits européens. Ces circonstances, personne ne les prévoyait. Mes notes sont aussi éloignées de toute préoccupation politique que je l’étais de la France. Une seule prend aujourd’hui, lorsque je la lis, une importance dont je ne me doutais certes pas en l’écrivant. J’habitais l’ancien quartier européen de Tsukiji que les Européens désertent de plus en plus, mais où se trouvent encore la Mission catholique française, son église et son évêché. Un matin, il y eut dans la grande rue pierreuse qui passe devant son portail, et sur les ponts qui entourent ce quartier, un mouvement inaccoutumé d’automobiles, de landaus et de riches kuruma. Les ambassadeurs, les plénipotentiaires, des officiers, des généraux, des ministres, le comte Okuma, président du Conseil, en descendirent et entrèrent à