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Albert Dastre


La tragédie qui, de toute part, nous presse et nous enveloppe se plait à varier ses effets. Il y a je ne sais quelle ironie stupide dans le contre-coup lointain de la guerre qui, en plein Paris paisible, a broyé, sous un lourd camion militaire follement lancé, cette belle intelligence, ce précieux Français : Albert Dastre.

Je voudrais retracer ici, en quelques pages rapides, ce que la science lui doit, et je pense montrer ainsi que, tout en ayant vécu loin des notoriétés de tréteaux et des tapages fallacieux, il est un des hommes de ce temps à qui le pays doit le plus de ce qui fait son renom dans les milieux pensans de l’univers.

Et puis un double devoir qui m’émeut veut que je dise ici cet adieu au maitre dont nous ne reverrons plus le visage si fin et si spirituel — je veux dire si plein à la fois d’esprit et de spiritualité. Pendant de longues années, il a été à cette Revue l’interprète et comme la personnification même de la science ; il a su l’y faire admirer et aimer ; grâce à lui elle y a fait vraiment noble figure. Et enfin comment ne me souviendrais-je pas qu’il fut dans cette maison mon parrain et mon guide, et que c’est lui qui, d’accord avec Francis Charmes, m’a transmis l’honneur d’y tenir une plume qu’avait dû abandonner sa main, défaillante par l’excès même des recherches qui, de plus en plus, réclamaient sa prodigieuse activité ?

Albert Dastre avait soixante-treize ans ; mais il était demeuré d’une jeunesse physique et morale si vigoureuse qu’il ne semblait point qu’il dût être touché par cette vieillesse qu’il appelait une maladie. Quand on relit, aujourd’hui qu’il est mort et mort de telle manière, les pages nerveuses qu’il a consacrées