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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Les armées austro-allemandes s’appliquent sans relâche à exécuter le mouvement, modelé en quelque sorte sur la nature, afin de tourner par le Nord-Ouest chacune des lignes d’eau qui pouvaient servir de lignes de défense et de frapper dans son flanc gauche l’armée italienne. Successivement, et rapidement, le général Diaz, qui a remplacé au Commandement suprême le général Cadorna, a dû battre en retraite du Tagliamento sur la Livenza, puis sur la Piave (ou sur le Livenza et le Piave, car l’usage en Italie mot les noms de tous ces fleuves au masculin). Pour le moment, le front de bataille principal, ou le plus important, ou le plus menaçant, est presque rectiligne, d’Asiago sur le plateau des Sette Comuni à Vidor sur la Piave, en passant par le mont Grappa. En même temps, des contingens ennemis s’efforçaient de franchir la rivière dans son cours inférieur; deux détachemens y réussissaient, mais cet avantage d’un instant tournait vite à mauvaise fin. Entre San Dona et San Michèle, des inondations ont pu, comme on dit en style militaire, être « tendues » : les experts croient y reconnaître la main qui arrêta les Allemands sur l’Yser. Le plus grand danger vient toujours de là-haut, de l’arc de cercle des montagnes, où s’est constituée et concentrée la masse de manœuvre austro-allemande. Une grande bataille semble imminente sur la Piave, où l’ennemi a aujourd’hui transporté son artillerie lourde. L’armée italienne reformée attend le choc, et les renforts franco-britanniques sont, assure-t-on, à pied d’œuvre. Puisse un beau coup, et un coup heureux, être joué sur ce magnifique échiquier de la plaine vénitienne, dont chaque case a vu quelqu’une de nos gloires, et dont, à travers les siècles, nos chefs et nos soldats ont pratiqué tous les coins !