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les termes, ni même peut-être l’existence de ce satisfecit infamant, Guidobaldo et sa femme savaient bien que la réconciliation se faisait sur leur dos.

Cependant, on travaillait pour eux dans l’ombre. Un mois ne s’était pas écoulé que, déjà, des rumeurs venant de l’Ombrie leur rendaient un peu d’espoir. La manière dont le Valentinois avait agi avec Urbino, sa prestesse à déchirer les traités donnait beaucoup à réfléchir aux neutres, à ses propres amis, à ceux-là même, condottières ou lieutenans, qu’il avait employés à cette besogne. Qu’est-ce que tout cela, disaient-ils, et où allons-nous ? Voici les Riario chassés d’Imola et de Forli, les Malatesta de Rimini, les Sforza de Pesaro, les Manfredi de Faenza, les Appiano de Piombino, les Montefeltro d’Urbino, les Varano de Camerino. De qui maintenant sera-ce le tour ?… Des Bentivoglio de Bologne… Et après ? Où s’arrêtera-t-il ? Ses possessions touchent les nôtres. Qu’est-ce qui l’empêchera de les prendre ? Nous avons des traités, mais Guidobaldo en avait aussi, autant qu’on en peut souhaiter, des brefs du Pape à revendre… Un parchemin vaut peu pour arrêter un Borgia : des lances et des bombardes vaudraient mieux.

Ainsi raisonnaient, judicieusement, mais un peu tard, des gens comme Vitellozzo Vitelli, de Città di Gastello, les Orsini, les Baglioni de Pérouse, Pandolfo Petrucci de Sienne, Oliverotto Eufreducci, généralement appelé Liverotto da Fermo, la préfétesse de Sinigaglia, enfin Giovanni Bentivoglio, de Bologne, pour l’instant le plus directement menacé, quoique couvert ou pour mieux dire « découvert » par la protection toute platonique de la France. Ayant ainsi raisonné, ils se firent part de leurs inquiétudes et, pour aviser et mettre leurs forces en commun, ils se réunirent en une sorte « de conférence, » qui devait aboutir à une confédération.

Cette conférence eut lieu à la Magione, près de Pérouse. Ceux qui ne purent venir envoyèrent des représentans, notamment Antonio da Venafro au lieu et place de Petrucci. Les plus nombreux étaient différens membres de la famille Orsini et après eux, c’étaient les Vitelli, représentés par Vitellozzo, qui paraissaient les plus redoutables. Ces seigneurs décidèrent de s’unir, se « confédérer, » pour arrêter l’invasion de César et d’abord, de ne pas abandonner les Bentivoglio s’ils venaient à être attaqués, puis d’attaquer, eux-mêmes, ce qui pouvait