Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/285

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Le 10e corps marche sur Audigny. Le brouillard est intense : on ne voit pas à six mètres devant soi.

Tout à coup, au moment où les avant-gardes entrent dans Audigny, la division est attaquée, sur son flanc droit, par des troupes allemandes qui, venant des ponts de Guise, se sont glissées à la faveur de la brume. Un combat très dur s’engage dans les rues du village. Des masses ennemies accourent de Guise et de Flavigny ; elles s’élargissent à leur droite et grimpent jusqu’à la cote 160 (la Désolation) ; de là, elles dominent l’articulation des deux batailles, celle de l’Ouest par Jonqueuse, celle de l’Est par Clanlieu-Colonfay. L’artillerie du 10e corps, établie à la cote 164 (Est d’Audigny), a ses vues bouchées à cause du brouillard et ne peut pas tirer. Les deux régiments engagés vers Audigny, 47e et 2e, gardent le village et contiennent les troupes ennemies jusqu’à huit heures ; mais ils sont obligés de se replier ; l’artillerie les suit et le mouvement de repli s’accentue sur Clanlieu. La 40e brigade est donc hors d’état de reprendre Guise et les ponts.

Cependant, la 20e division était attaquée sur le front Puisieux-Colonfay. Après diverses alternatives, la bataille se ramasse au point de croisement des deux routes centrales du plateau, auprès de Sains-Richaumont. Un bataillon du 136e (bataillon Boniteau), dont l’attitude va décider du sort de la journée, s’accroche au terrain vers dix heures, entre Sains et Richaumont et, renforcé par des groupes qui se joignent à lui, il ne se laisse pas entraîner par la retraite de la 38e brigade. Aucun effort de l’ennemi ne peut lui arracher la ligne sur laquelle il s’est établi, un peu en avant de la lisière de Sains.

A notre droite, l’ennemi accomplit un mouvement d’enveloppement : on s’aperçoit alors que des forces importantes ont passé l’Oise par tous les ponts, de Guise à Etréaupont ; l’ennemi refoule la 19e division à travers le bois de Marfontaine jusqu’à Chevennes. Il s’est emparé de Voulpaix.

La 38e brigade, soutenant le bataillon Boniteau, s’accroche à la ligne de crêtes en avant de Sains-Richaumont. L’effort de l’ennemi s’épuise contre cette énergique résistance. La bataille paraît se rétablir à ce point central d’où dépendent Clanlieu et Jonqueuse d’une part, la Vallée-aux-Bleds pt Vervins d’autre part.

Il est dix heures. La brume s’est dissipée. C’est le moment