Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/890

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pourquoi le nier ? La vérité est assez consolante pour être exposée telle qu’elle est. Ne commettons pas la faute de nous abuser sur les difficultés qu’il nous reste à vaincre. Ce qui a fait réellement faillite, ce sont les folles prétentions de l’Amirauté allemande, qui pensait asservir le monde entier à l’aide de sa politique sous-marine. Il est bon de le rappeler ici : ce ne fut pas sans peine quo l’amiral Tirpitz décida son gouvernement à se lancer dans cette aventure. Non point que l’Allemagne reculât devant l’opprobre d’une telle décision, mais parce qu’elle craignait de s’attirer la colère des Etats-Unis. La thèse des partisans de la guerre sous-marine fut que la menace américaine resterait vaine, et précisément à cause des sous-marins : pas un soldat U. S. A. ne pourrait franchir l’Atlantique et d’ailleurs avant qu’aucun renfort américain pût arriver en Europe, l’Angleterre aurait été contrainte à demander la paix allemande… Aujourd’hui, nous serions presque tentés de remercier l’amiral Tirpitz d’avoir réussi à convaincre ses auditeurs.

Au lieu d’ignorer volontairement le danger actuel et futur de la guerre sous-marine, mieux vaut le regarder en face et prendre toutes les mesures propres à le combattre. Le tonnage brut mensuel détruit, y compris les risques de toute nature, est tombé à 250 000 tonnes en moyenne par mois. Afin de réduire encore ce chiffre, nous avons devant nous tout un programme à remplir. Nous devons multiplier l’usage du microphone par la constitution de groupes offensifs d’écoute. N’hésitons pas, chaque fois que cela paraîtra possible, à prélever tous les éléments qui ne sont point indispensables à la sécurité des convois ou des routes d’approche, pour passer à l’attaque. Il convient en effet de ne laisser échapper aucune occasion de rechercher les sous-marins et de les détruire. Au début, il est bien certain que, devant la menace de la campagne sous-marine, il nous a fallu tout d’abord songer à parer les coups avant d’essayer d’en porter, c’est-à-dire à contrecarrer les desseins de l’adversaire qui possédait l’initiative de la manœuvre. Nous devons maintenant arracher cette initiative aux sous-marins ennemis. A mesure que nos moyens se coordonnent et s’amplifient, il importe de ne pas perdre de vue la riposte qui peut seule en toute guerre amener une décision. Ne négligeons aucun des procédés qui sont en notre pouvoir, construisons des