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L’art religieux et les Salons de 1920


Il renaît ou, du moins, il a la prétention de renaître. On a même ouvert, au Salon, de la Société nationale, avenue d’Antin, une section dite « de l’Art religieux. »

Voilà une nouveauté. Ce qui distinguait le plus nettement jusqu’ici un Salon d’un musée, surtout d’un des musées fameux qu’on visite en Italie, c’est que, dans l’un, on voyait à chaque pas des tableaux de piété et, dans l’autre, on n’en voyait point. C’est là, certainement, en dehors de toute considération esthétique, le trait qui frappait le plus la foule. Cette année, il est un peu moins accentué. Il y a, au Salon, des tableaux de piété : des anges aux ailes tricolores soulèvent les morts de la bataille de la Marne pour les offrir à Dieu, des Christs portent leur croix au-dessus des tranchées pour montrer aux héros comment on meurt, des Sacrés-Cœurs de pourpre et d’or apparaissent sanglants et pantelants parmi les éclatements des obus ou les fumées des gaz asphyxiants. La plupart de ces images du sacrifice sont destinées aux églises à reconstruire dans les pays dévastés. Tout de suite, le phénomène s’explique. On avait cessé de présenter aux yeux des visions surnaturelles, parce qu’on n’y pensait plus, d’abord, et ensuite parce qu’on n’aurait su où les mettre, une fois réalisées. La guerre a rajeuni le thème et a fourni l’emploi. En remuant les âmes jusqu’en leur tréfonds, elle a mis à nu ce qui pouvait y demeurer d’espoirs secrets et de désirs d’une clarté d’outre-tombe. Puis, le besoin de quelque appui mystique pour franchir le dur passage, au moment où manquent tous les autres, a