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comment finit la guerre.

morales. Il avait engagé la guerre pour l’hégémonie universelle, au nom du droit du peuple le plus nombreux de subjuguer le voisin moins prolifique, afin d’acquérir des débouchés nouveaux pour une industrie sans cesse croissante, faisant appel avant tout à l’intérêt matériel le plus immédiat ; au moment des revers, il voudrait susciter l’enthousiasme pour la défense de la patrie. Il lui faut révéler aux peuples la longue erreur où il les a plongés, et il s’étonne de ne pas conserver leur confiance.

Dans la monarchie absolue, Ludendorff réclame un dictateur comme Gambetta, M. Clemenceau, ou M. Lloyd George : de tels hommes ne se révèlent que dans les pays libres ; dans les autres, il faut qu’ils naissent sur le trône.

Quand il est poussé trop loin, le sens de la collectivité atrophie certains côtés de la personne humaine ; les ressorts perdent leur élasticité, quand ils sont trop fortement et trop longtemps comprimés. Du fidèle sujet d’un monarque absolu on ne peut attendre les mêmes ressources que d’un libre citoyen : si le prince est défaillant, tout s’écroule dans l’État bien organisé, et la machine parfaite s’arrête en même temps que le moteur. C’est pourquoi l’Allemagne prussianisée, dont la résistance dépendait d’un homme insuffisant, devait tomber d’un seul coup.


Pour que ce coup pût être asséné, un certain nombre de conditions étaient nécessaires, et la première de toutes, c’est que l’Entente possédât la maîtrise de la mer.

« Chaque soldat est sorti d’Angleterre sur le dos d’un matelot, » a remarqué lord Fisher. Les soldats britanniques venaient de toutes les parties du monde ; au moment de l’armistice, ils étaient plus de trois millions en armes, répartis sur tous les théâtres d’opérations ; 500 000 indigènes coloniaux avaient renforcé les armées françaises, deux millions d’Américains avaient passé l’Atlantique. L’entretien de pareils effectifs, les navettes d’Angleterre en Orient et de Palestine en France, les permissions nécessaires au bon état moral des troupes, ont fait monter à 26 millions le chiffre des combattants alliés qu’a transportés la seule flotte anglaise ; il faut y ajouter 242 millions de tonnes de matériel, aliments ou combustibles, pour les armées britanniques ou les nations alliées. Pour la France seulement, privée de ses mines et de ses usines du Nord et du Nord-Est, les envois