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le premier Institut Pasteur colonial, et à qui la science est redevable de tant de travaux lumineux et utiles sur la peste et la tuberculose et de la découverte des sérums antivenimeux. Que d’existences humaines ont été déjà sauvées par ces travaux !

Il y a deux raisons qui donnent aujourd’hui une importance aiguë, si j’ose dire, à l’œuvre de la Société de Pathologie exotique. C’est d’abord que, dans la pénurie de matières premières qui sévit et qui sévira longtemps encore sur le monde, la France a l’impérieux devoir de se tourner vers les ressources inépuisables et à peine connues de ses colonies. Tout ou à peu près tout ce que nous achetons si cher à l’étranger, à peu près tout ce qui nous rend tributaires des grandes nations commerçantes anglo-saxonnes, tout ou presque tout en un mot ce qui nous manque et cause pour la plus grande part nos difficultés économiques et financières actuelles, nous pourrions le trouver dans nos colonies et pays de protectorat. Les explorateurs scientifiques qui, succédant aux colonisateurs proprement dits, ont inventorié nos richesses coloniales, sont» d’accord pour montrer qu’au point de vue des richesses minérales, végétales et animales, notre réservoir colonial pourrait aisément suflire à tous ceux de nos besoins que ne satisfait pas la bonne terre de France elle-même. Pourquoi, cependant, laissons-nous encore à peu près inexploités ces milieux dont l’utilisation nous éviterait de passer sous les fourches caudines du mercantilisme étranger ?

C’est certes un peu à cause de notre tempérament généralement casanier ; c’est plus encore à cause des habitudes d’une administration honnête, mais qui a trop accoutumé de se considérer comme la maîtresse et non la servante des intérêts particuliers, cellules élémentaires de l’intérêt national; mais c’est surtout parce que l’exploitation, la mise en valeur de nos colonies paraît rebutante à beaucoup de Français à cause des maladies et des conditions sanitaires déplorables qui y régnent trop souvent. Faire fortune en quelques années dans la France d’outre-mer et servir du même coup son pays est une destinée qui tenterait plus souvent nos compatriotes, n’était la crainte de rapporter de là-bas un corps usé par les « années de colonies » et voué trop souvent à une mort prématurée.

C’est ici d’abord et avant tout que l’œuvre de la Société de pathologie exotique peut et doit être utile. En étudiant les maladies coloniales dont la richesse et le nombre sont, hélas ! égaux à ceux de la flore coloniale elle-même, en fournissant contre elles les remèdes préventifs et curatifs, en prenant d’autre part les mesures d’hygiène