Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/110

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Mais, précisément, cette tolérance qu’avait recommandée le général Mangin et qui avait tant contribué à nous gagner des sympathies, ne va plus pouvoir être continuée. L’Intendance, jusqu’ici richement ravitaillée, ne reçoit pins que des envois médiocres. On a dû interdire rigoureusement toute cession de vivres aux Rhénans, et il est même question de retirer les cartes de ravitaillement à tous les civils des pays occupés.


15 janvier.

Comme pour inaugurer le régime de paix, quelques professeurs du lycée de Mayence, dont je suis, commencent une série de conférences au cercle Jeanne d’Arc sur « les Forces spirituelles de la France au XIXe siècle. » Notre dessein est de mieux faire connaître la France contemporaine à ces Rhénans qui l’ont aimée autrefois, et l’ignorent tant aujourd’hui. Déjà, un vaillant orateur, M. Burguet, est venu de Paris donner à des auditoires populaires, non sans succès, des causeries sur la race et la civilisation françaises. Pour nous, sur les conseils qui nous ont été donnés, nous cherchons à atteindre le public catholique, tant parce qu’il a été l’un des plus travaillés par la propagande gallophobe que parce qu’il est un de ceux dont l’influence est la plus indéniable en cette vieille rue des Prêtres.

Mes collègues Bleu, Constant, Houssay, Mouillet, tous agrégés de l’Université, doivent traiter du mouvement littéraire, philosophique, artistique, dans ses relations avec le sentiment religieux en France au XIXe siècle ; il m’appartient de définir quels ont été exactement les rapports de l’Eglise et de l’Etat français au siècle passé. Au total, nous voulons nous efforcer de montrer la force qu’a conservée le christianisme en France en une époque si profondément troublée par les conflits d’idées.

Certes, nous ne nous faisons d’illusion, ni sur la difficulté, ni sur la portée de notre œuvre. Il est évident que peu de Mayençais accepteront de venir auprès d’un public français, en une salle française, entendre un conférencier français, — encore que quelques semaines de séjour m’aient révélé le goût des gens d’ici pour notre langue et notre société. Mais ce sera déjà un beau succès de réunir côte à côte, en un effort commun de compréhension, des Français et des Rhénans, si peu soient-ils ; et c’est à nous qu’il appartient de renouer en pays rhénan la tradition classique qui faisait de notre langue le véhicule de toutes les