Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/166

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Les grands propriétaires de Galicie vous auront exposé leurs griefs contre le projet de réforme agraire ; ils vous auront dit que le morcellement du sol aurait pour conséquence de ruiner les industries dérivées de l’agriculture et l’agriculture elle-même. Ils n’ont raison qu’à moitié. Si l’on voulait procéder avec méthode en Galicie, il faudrait du même coup diviser la très grande propriété et reconstituer la propriété moyenne ; supprimer en même temps le domaine de plusieurs milliers d’hectares et le lopin d’un hectare et demi. Si l’on décrète une répartition mathématique du sol entre tous les habitants des campagnes, c’en est fait de certaines cultures qui ne peuvent être entreprises qu’en grand, de certaines industries comme celles du sucre, de l’alcool, de la fécule et de l’amidon ; et c’est aussi la fin d’une des traditions les plus précieuses de notre pays, celle qui retenait dans les campagnes une classe aisée, instruite, entreprenante : la classe des moyens propriétaires, qui constitue jusqu’à présent notre seule bourgeoisie. Dans toutes les familles polonaises, il y avait un agriculteur ; souvent deux des fils se partageaient l’administration du domaine, l’un dirigeant l’exploitation agricole, l’autre surveillant les fabriques. La disparition de cet usage serait un malheur pour la Pologne, au point de vue économique et au point de vue social.

« La grande difficulté du problème provient de notre situation géographique. Il n’y a pas une structure foncière en Pologne, il y en a au moins deux. En Galicie et dans l’ancien royaume domine le type oriental du grand domaine, maladroitement corrigé par l’attribution aux paysans de parcelles insuffisantes et médiocrement productives. Le type occidental est prépondérant en Posnanie, où se rencontre très fréquemment le « grand domaine paysan » d’une contenance de 20 à 50 hectares.

« A cette diversité de structure correspondent nécessairement des différences, soit dans la densité de la population, soit dans la stabilité. En 1910, ou comptait en Galicie 102 habitants par kilomètre carré ; il y en avait 98 dans le royaume, 72 en Posnanie, et seulement 67 en Prusse royale. Pour le paysan galicien, l’émigration était une nécessité ; mais l’émigration était le plus souvent temporaire. Les paysans ruthènes partis pour l’Amérique n’en revenaient plus ; les paysans polonais rentraient chez eux au bout de quelques années et avec