Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/173

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de la courtoisie presque affectueuse dont semblaient empreintes les relations entre ouvriers d’une part, directeurs et inspecteurs de l’autre. Dans les galeries, ou hors de l’exploitation, jamais ils ne se rencontraient sans ôter leur chapeau et échanger le salut particulier aux mineurs : « Dieu vous donne un bon travail ! » Dès que l’ouvrier est « remonté, » qu’il a passé à la salle de douche et échangé ses vêtements de travail contre des effets propres et secs, suivant qu’il est marié ou célibataire, il regagne sa petite maison dans la « colonie, » ou bien l’espèce de « boarding house » où il est inscrit. La colonie de Jaworzno, construite sur le modèle des colonies Krupp à Essen, se compose de 260 petites villas fort propres et nullement uniformes : chacune abrite une ou deux familles. Le loyer mensuel d’une famille est de six marks. L’entreprise fournit aux jeunes mariés la literie et les meubles indispensables : l’ouvrier en rembourse le prix par versements échelonnés ; jamais aucune retenue n’est faite sur le salaire. Les maisons de célibataires sont aménagées pour 120 ouvriers : elles comprennent des cuisines, des dortoirs et des réfectoires. L’homme paye 4 marks par mois pour son logement et 2 marks 60 par jour pour les frais de cuisine. Au centre du village s’élèvent deux bâtisses toutes neuves : l’une est la maison de Réunion des ouvriers, l’autre la maison de Consommation, qui comprend des magasins, des caves et des boutiques : là sont distribuées chaque jour, contre des cartes et des jetons, les denrées nécessaires à la nourriture et à l’entretien des ouvriers et de leurs familles : environ 16 000 personnes. Le paiement se fait chaque semaine. A la caisse de l’alimentation, on me montre la cédule d’une famille de quatre personnes : sa nourriture de la semaine représente une dépense de 24 marks.

On comprend que le gouvernement polonais ait été amené, par réaction contre la politique suivie par l’Autriche en Galicie, par la Russie dans le Royaume, à témoigner à l’ouvrier industriel ou agricole une sollicitude particulière. Ce que l’Autriche avait surtout développé dans ses provinces polonaises, ce n’était point la prévoyance sociale, mais le socialisme dans sa forme la plus agressive ; les efforts du gouvernement de Vienne n’allaient qu’à diviser les classes et à entretenir entre elles des germes d’hostilité. La Russie poursuivait le même but, mais par d’autres moyens : elle encourageait les abus de pouvoir du capital et refusait impitoyablement au travail le droit de s’organiser.