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condition qu’elle y participe, des caisses de secours, des asiles de vieillesse, des subsides de retraite. C’est à vous de l’aider à la condition qu’elle s’aide, ce qui est le seul moyen d’aider efficacement et sans se tromper. Mais cela rentre parfaitement dans votre office, comme cela est de votre intérêt ; et ce n’est pas rien.

Il est un peu étrange que Thiers, centralisateur presque à outrance en toutes choses, soit individualiste à outrance dans les questions sociales, et qu’il ait voulu de toutes les centralisations, excepté de la centralisation de la charité. C’est peut-être la meilleure ; car l’effort n’est énergique que s’il est individuel et le secours n’est efficace que s’il est collectif. Cela vient de ce que Thiers n’est pas très tendre. L’habitude de l’histoire a quelquefois cet effet-là. L’histoire apprend qu’il n’y a dans le monde que des forces qui luttent les unes contre les autres, et que les faibles n’ont qu’à servir, ou qu’à mourir. Il est vrai ; mais, dans l’intérieur d’un État, le jeu terrible des forces peut être atténué par quelque douceur, quelque charité, quelque fraternité, choses qui ne sont du reste que de l’intérêt bien entendu, et c’est un peu pour cela que les États semblent avoir été faits. Incontestablement l’attendrissement n’est pas un système économique, mais il met sur le chemin d’adoucir d’une façon très pratique, et sans désorganisation sociale, les rigueurs des fatalités économiques.


VI

Telles sont les idées générales qui ont dirigé pendant sa longue vie d’écrivain et d’orateur la parole et la plume de Thiers. Il s’appliqua de bonne heure à l’histoire, en même temps qu’à l’étude de toutes les questions administratives. Ce qu’il voulait, dès l’âge de vingt-cinq ans, c’était savoir la France, pour la diriger un jour. Il était historien d’une façon pratique comme il était tout ce qu’il fut. L’histoire, ne l’intéressait pas en elle-même, la résurrection du passé, si enivrante pour certains, ne le tentait pas. Savoir la France de son siècle, la savoir aussi pleinement et aussi minutieusement que possible, pour cela savoir l’Europe depuis Frédéric II jusqu’à Martignac, savoir la fin de l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire, la Sainte-Alliance, la Restauration, rien de plus, à bien peu près, mais