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langues et les littératures italiennes. Maigre, les yeux battus sous ses larges lunettes, trente-quatre ans, en robe de chambre, dans une chambre de travailleur, pesant, avec une grosse voix non exercée. Tous ceux que je vois entendent le français, mais le parlent à peine ; ils l’ont appris par les livres, non pas en voyageant comme les Anglais. — Plus de 1 600 étudiants à Leipzig, Berlin seul en a davantage (1 800). Nombre énorme de professeurs ; toutes les parties de la science humaine ont ici, je crois, un représentant spécial. Quelques cours sont pour un très petit nombre ; il y a dix élèves au cours de déchiffrement des manuscrits évangéliques de Tschendorff, mais il y en a quarante au cours de sanscrit et près de cent à certains cours de philologie. — Très peu d’étudiants en dehors de ceux qui veulent suivre une carrière spéciale, deux qui étudient la philologie, les langues anciennes, le sanscrit, veulent devenir professeurs de gymnase ou d’université. Ainsi la science ne nourrit que la science. Environ quatre-vingts personnes étrangères au corps des étudiants sont admises à suivre des cours ; mais on rencontre très peu de jeunes gens riches ou nobles qui étudient simplement pour se cultiver, pour savoir, pour être des hommes plus complets. Cependant, la science ne reste pas enfermée dans un petit cercle d’initiés ; les professeurs font des Vorlesungen, des lectures publiques qui vulgarisent. — Un étudiant est à son aise avec 350 ou 400 thalers par an. D’abord, il y a cinq mois de vacances ; de plus, pour 4 thalers (13 francs) on peut avoir une chambre meublée avec le service, et dîner moyennant 4 thalers par mois ; or ce dîner (Mittagessen) à une heure est le grand repas. Dans ces 350 thalers sont compris les frais d’université, les cours privata et privatissima. — Sur les mœurs. Les étudiants ne sont pas précoces et libertins ; leurs goûts, ce sont les exercices du corps, l’escrime, et la boisson. D’ailleurs, un jeune Kauffmann[1], plus riche et plus déluré, aurait plus de succès qu’eux auprès des femmes. Très mauvaises mœurs à Gotha, bonnes à Weimar, à cause des exemples différents des deux cours.

Leipzig n’est ni beau ni gai : grande ville sombre, à hautes maisons noircies, enfumées, sentant la vieille officine, le commerce et l’encre ; partout des boutiques d’imprimerie et de livres. J’ai vu deux ou trois très vilaines églises, plâtras noircis

  1. Commerçant ou employé de commerce.