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couchant et le flamboiement, les rougeurs ferrugineuses, ardentes de sa cime.

Courses en voiture pour mes visites ; tout le monde absent, sauf Mlle Claire von G. C’est un écrivain, surtout une traductrice ; elle traduit l’Histoire de Napoléon de Lanfrey, a traduit les Maîtres Sonneurs, le Champi, l’Histoire de ma vie par G. Sand, divers ouvrages anglais d’Eliot, veut traduire Ladislas Bolski, connaît les Stahr, Julian Schmidt, Hettner, etc. Appartement simple mais très propre, haut, bien éclairé ; livres, gravures, belles photographies, grand buste en plâtre de la Vénus de Milo, petite réduction de cette Vénus sur sa table. Cinquante ans, cheveux gris, air simple et naturel, bon sens, parle bien français, un peu lentement, pas jolie, rien de l’inquiétude et de la vanité de nos femmes auteurs. Selon elle, il y a quantité de femmes auteurs maintenant, elles écrivent dans tous les journaux et surfont dans les populaires, le Gartenlaube ; là au moins on est bien payé, 50 à 100 thalers les 16 pages. Dans le Grenzboten qu’elle a quitté à cause de la couleur politique, c’était 12 thalers ; on n’écrivait que pour l’honneur. Elle loue infiniment Vom Geschlecht zum Geschlecht de Fanny Lewald (Mme Stahr), et surtout le dernier ouvrage de Julian Schmidt : c’est un recueil d’essais sur les contemporains Anglais, Français, Allemands ; son histoire de la littérature allemande depuis la mort de Lessing jusqu’à 1866 (3 vol.) en est à la 5e édition. Mais, dit-elle, il ne comprend pas G. Sand, il dit que les paysans ne peuvent pas parler comme dans François le Champi, il n’est jamais allé en France. Elle a traduit une partie de nos essais, entre autres le mien dans Paris-Guide [1], mais la préface de Victor Hugo la mettait dans le plus grand embarras ; en allemand, cela faisait un effet grotesque. Elle lit volontiers Balzac, mais le trouve trop triste. (Plusieurs Allemands m’ont dit la même chose.) Il lui faut ensuite lire du Gœthe pour se réconforter. En ce moment, pas de grand écrivain supérieur en Allemagne. « Nous sommes dans une période de transition. » Auerbarh et Freytag tiennent la tête.

Ma course de deux heures et demie en voilure m’a fait voir la ville. Comme toujours, le quartier neuf est à l’extérieur des deux

  1. Paris-Guide, par les principaux écrivains et artistes de la France, 2 vol. Paris, 1867 (Introduction par Victor Hugo). M. Taine y avait écrit le chapitre intitulé L’Art en France.