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apprendre le péril auquel elle avait échappé. Elle n’avait jamais compris le danger, ou elle l’avait perdu de vue dans le triomphe de la soirée des van der Luyden. Archer inclinait à la première supposition, et l’idée que, pour la jeune femme, les distinctions sociales de New-York n’existaient pas encore, l’agaçait vaguement.

— Hier soir, dit-il, tout New-York se pressait pour vous faire honneur. Les van der Luyden ne font pas les choses à moitié.

— Les aimables gens ! Leur réunion était si charmante ! Tout le monde paraît avoir pour eux tant d’estime !

Les termes semblaient peu appropriés : les mêmes eussent convenu pour un goûter chez la chère vieille miss Lanning.

— Les van der Luyden, dit pompeusement Archer, disposent d’une grande influence sur la société de New-York. Malheureusement, à cause de la santé de Mrs van der Luyden, ils reçoivent très rarement.

Elle dégagea ses mains de dessus sa tête et attacha sur Archer des yeux pensifs.

— N’est-ce pas là, la raison ?…

— La raison ?…

— De leur grande influence… qu’ils se fassent si rares !

Il rougit un peu, la regarda fixement, puis soudain il comprit la portée de cette remarque. D’un seul coup elle avait frappé les van der Luyden, et ils s’écroulaient ! Il rit et les sacrifia.

Nastasia apporta le thé avec des tasses japonaises sans anses, et des assiettes couvertes. Elle plaça le plateau sur une table basse auprès de la comtesse Olenska.

— Vous m’expliquerez tout : vous me direz tout ce que je dois savoir, continua-t-elle, en s’approchant pour lui offrir une tasse de thé.

— C’est vous qui m’expliquez, vous qui ouvrez mes yeux à des choses que je regarde depuis si longtemps que je finis par ne plus les voir !

Elle détacha de son bracelet un petit porte-cigarettes en or, le lui tendit, et prit elle-même une cigarette.

— Alors, nous pouvons nous aider mutuellement. Mais c’est surtout moi qui ai besoin de secours. Dites-moi exactement ce que je dois faire.