Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/510

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pression que May Welland se rapprochait de lui. Il se dirigea vers sa fleuriste habituelle, pour envoyer à la jeune fille la corbeille de muguets qu’à sa grande confusion il avait oublié de commander le matin. Après avoir écrit un mot sur une carte, comme il attendait une enveloppe, il parcourut des yeux la boutique fleurie, et son regard fut attiré par un bouquet de roses jaunes. Il n’en avait jamais vues d’un jaune aussi doré, aussi lumineux. Son premier mouvement fut de les envoyer à May au lieu des muguets. Mais ces fleurs ne seyaient pas à la jeune fille : elles avaient quelque chose de trop riche, de trop fort, dans leur chaud éclat. Presque sans savoir ce qu’il faisait, dans une brusque saute d’humeur, Newland fit signe à la fleuriste de mettre les roses dans un long carton, et glissa une carte dans une seconde enveloppe, sur laquelle il inscrivit le nom de la comtesse Olenska. Puis, au moment de s’en aller, il retira la carte, laissa l’enveloppe vide sur la boîte.

— Portez-les tout de suite, fit-il, en désignant les roses.


X


Le lendemain, après le déjeuner, Archer put obtenir de May qu’elle vînt avec lui faire une promenade au Central Park. C’était un dimanche et, selon la vieille coutume de New-York, elle devait accompagner ses parents à l’église matin et après-midi ; mais Mrs Welland ferma les yeux sur cette infraction aux usages, car, le matin même, elle avait obtenu de sa fille de se plier aux longues fiançailles qui permettraient de constituer un trousseau brodé à la main, et comptant le nombre de douzaines nécessaires.

Le temps était exquis. Le long du Mail, la voûte des branches dépouillées se dessinait sur un fond de lapis, au-dessus d’une couche de neige étincelante. Les couleurs de May s’avivaient dans le froid, comme celles d’un jeune érable à la première gelée. Archer, fier des regards qu’elle attirait, oubliait ses perplexités secrètes dans la joie de la regarder.

— C’est une sensation délicieuse de s’éveiller le matin en respirant l’odeur des muguets ! dit-elle en souriant.

— Pardonnez-moi, si, hier, votre bouquet est arrivé en retard ; je n’avais pas eu le temps de passer chez la fleuriste le matin, répondit-il.