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Lamson et Low, » avocats à la cour, fut demandé par Mr Letterblair.

Le vieux Mr Letterblair, le conseil accrédité de la haute société de New-York depuis trois générations, trônait derrière son bureau d’acajou en proie à une évidente perplexité. Le voyant caresser ses favoris blancs, passer ses doigts dans ses cheveux en broussaille au-dessus de ses gros sourcils froncés, son jeune associé le comparait, peu respectueusement, au médecin de famille auprès d’un malade dont les symptômes se refusent à tout diagnostic.

— Cher monsieur, — Mr Letterblair, très cérémonieux, disait toujours « monsieur » à son jeune associé, — je vous ai fait demander à propos d’une petite affaire, une affaire dont, pour le moment, je préfère ne pas parler à Mr Lamson ni à Mr Low. Il se renversa sur sa chaise, le front ridé. — Pour des raisons de famille, continua-t-il. Archer leva la tête. — La famille Mingott, dit Mr Letterblair, avec un sourire significatif et en s’inclinant. Mrs Manson Mingott m’a fait demander hier. Sa petite-fille, la comtesse Olenska, désire plaider en divorce contre son mari. Certains documents m’ont été remis. — Il s’arrêta et tapota sur son bureau. — En raison de vos projets d’alliance avec la famille, je voudrais vous consulter, étudier le cas avec vous, avant d’aller plus loin.

Archer sentit le sang lui monter au visage. Depuis sa visite à la comtesse Olenska, il ne l’avait vue qu’une fois, à l’Opéra, dans la loge des Mingott. Et, dans cet intervalle, l’image de la jeune femme s’était atténuée dans son esprit, tandis que May Welland y reprenait légitimement le premier plan. Il n’avait pas entendu parler du divorce de Mme Olenska depuis l’allusion faite en passant par Janey, et dont il n’avait tenu aucun compte. Théoriquement, il était presque aussi hostile que sa mère à l’idée du divorce et il en voulait à Mr Letterblair (sans doute poussé par la vieille Catherine Mingott) de se montrer ainsi disposé à le mêler à l’affaire. Les hommes de la famille étaient assez nombreux, et lui-même n’était pas encore un Mingott.

Il attendit que son chef continuât. Mr Letterblair ouvrit un tiroir et en tira une liasse de papiers.

— Si vous voulez parcourir ces documents ?…

Archer s’en défendit :

— Excusez-moi, monsieur, mais précisément à cause de mes