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Pirée pour leurs témoignages de dévouement. » Le soir même, cette phrase était reproduite dans les journaux germanophiles. C’était la reconnaissance officielle, de l’association du Roi avec les pires malfaiteurs, sous l’égide de l’Etat-major. Ainsi, plus on regardait à ces innombrables incidents et plus on arrivait à cette conviction que la haine du parti de la Cour avait pour principale cause la faveur que l’Entente accordait de plus en plus à Vénizélos. Si elle l’abandonnait ou si elle déclarait qu’elle ne s’accorderait pas avec lui, la situation pourrait se modifier.

On peut comprendre dans une certaine mesure que les Alliés se soient demandé à plusieurs reprises s’il était de leur intérêt de se mêler à la guerre civile qui se déroulait en Grèce. Peut-être vaudrait-il mieux laisser cette partie se jouer sans s’y mêler, sans afficher de préférence et ne s’attacher qu’à détruire l’influence allemande. Il était nécessaire d’insister sur ce détail, car il aide à expliquer les tergiversations qui ont caractérisé la politique de l’Entente en Grèce et ont donné lieu à tant de malentendus, de contradictions et de rivalités d’influences.

Dans les derniers jours d’août, les Puissances garantes se ralliaient à l’opinion de leurs représentants à Athènes et donnaient des ordres pour qu’une escadre spéciale se montrât dans les eaux de la Grèce, sous le commandement du vice-amiral Dartige du Fournet, commandant en chef des forces navales alliées dans la Méditerranée. Le 31, il télégraphiait à M. Jean Guillemin : « Escadre alliée arrivera Salamine le 1er septembre à 16 heures ; les bâtiments destinés au dragage et aux reconnaissances préalables arriveront quelques heures avant elle. Ministre me prescrit de me mettre en relations avec vous pour la remise au gouvernement grec d’un mémorandum réclamant contrôle postes et télégraphes avec ou sans fils, expulsion de Schenck et de ses agents. La brigade reste à Salonique, mais elle est prête à partir au premier ordre. »

L’avant-veille de ce jour, le Roi, qui se disait trop malade pour recevoir le ministre de France, avait convoqué d’urgence à Tatoï le ministre d’Allemagne et les attachés militaire et naval de la Légation impériale ainsi que Streit, son confident préféré. Ces personnages étaient partis précipitamment à 6 heures du soir pour se rendre à ses ordres. Le bruit courait qu’il envisageait la formation d’un conseil de régence et avait voulu les consulter. D’autre part, la semaine précédente, à Tatoï, plusieurs