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Trente mille hommes ! Nul ne bouge.
C’est ça qui m’étonnait le plus,
Et, sur ces trente mille élus,
D’en être un, en pantalon rouge.

Je n’en suis pas plus fier pour ça !
Las ! je me dis avec tristesse :
« Oui, c’était beau ; mais quand était-ce ? »
Or, depuis que ce jour passa,

Soixante ans m’ont tanné la cosse ;
Et quand j’évoque son décor,
C’est surtout pour m’y voir encor
Dans mon uniforme de gosse,

Et revivre, petit témoin
De cette énorme apothéose,
L’enfant de troupe brun et rose
Du camp de Châlons, loin, si loin !


REICHSHOFFEN


Chantons Magnificat et non De profundis
Pour vous, les cuirassiers, les gars de haute taille
Que n’utilise plus la moderne bataille.
Salut, ô paladins, rois des preux de jadis !

Que sont, au prix de vous, les plus fiers Amadis ?
Ventre à terre, au galop, frappant d’estoc, de taille,
Certains qu’avec la mort vous faisiez accordaille,
Vous chargiez les boulets, n’étant qu’un contre dix :

Et vous les souffletiez, géants, à coups de sabre ;
Et cette charge-là fut la charge macabre
Dont nul chef désormais ne sera le sonneur ;

Et vous restez ainsi, vaincus, mais dans la gloire,
Vous étant fait tuer simplement pour l’honneur,
Les derniers chevaliers qu’aura connus l’Histoire.