Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/669

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ardent de la victoire allemande. » M. Rhallys est aujourd’hui Président du Conseil et M. Gounaris, véritable chef du parti qui vient de triompher aux élections, est ministre de la Guerre. Dans les rues d’Athènes, où M. Venizélos était naguère l’objet d’ovations enthousiastes, la foule acclame le nom de Constantin. Travaillée par les séides du beau-frère de Guillaume II, la Grèce s’imagine évidemment qu’après avoir obtenu, grâce à M. Venizélos et à sa politique, tous les bénéfices d’une entente avec les Alliés, elle peut impunément faire volte-face, et elle bénit le singe dont la morsure lui a permis cette évolution. Mais ni l’Angleterre ni la France ne sauraient se prêter à ce double jeu. Il faut être avec nous ou contre nous. Lorsque nos soldats occupaient Corfou, nos sentinelles y ont protégé, à l’Achilleion, les appartements de Guillaume II ; mais nous ne sommes pas d’humeur, j’imagine, à le laisser retourner auprès de son beau-frère, dans sa propriété grecque, et y dépenser, en attendant des jours meilleurs, les millions que le Reich lui verse aux dépens de nos régions dévastées.

Constantin et ses acolytes nous disent maintenant qu’ils ont les plus vives sympathies pour nous. Que de fois nous ont-ils tenu le même langage, au moment même où l’ancien roi échangeait avec son beau-frère des télégrammes qui ont été depuis lors saisis et déchiffrés et qui établissaient une véritable collusion entre la couronne et nos ennemis! Dès 1913, dans son fameux discours de Potsdam, Constantin avait laissé percer sa pensée profonde et, à moins d’être aveugle ou aveuglé, aucun Français ne pouvait se faire d’illusions sur son compte. Aujourd’hui, nous serions plus impardonnables que jamais d’accorder à ses protestations la moindre confiance. Nous devons veiller sévèrement à ce que le gouvernement hellénique ne redevienne pas le prête-nom de l’Allemagne dans le bassin oriental de la Méditerranée; sinon, l’Italie, l’Angleterre et la France se retrouveraient rapidement exposées aux éternelles entreprises de l’impérialisme germanique.

J’entends bien qu’intervenir dans les affaires intérieures de la Grèce, c’est, aux yeux de certains puristes de la diplomatie, commettre une faute inexcusable. Nous ne nous sommes pas embarrassés de ces scrupules, lorsque M. Jonnart est allé représenter les Alliés en Grèce et y a si heureusement déposé le roi félon. En réalité, ce n’est pas des affaires intérieures de la Grèce qu’il s’agissait alors et ce n’est pas d’elles qu’il s’agit en ce moment. C’est toute la politique étrangère du royaume qui est enjeu. Pendant la guerre, si la Grèce n’avait pas suivi les conseils de Venizélos, si elle était restée, avec