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Les amants d’Annecy
Anne d’Este et Jacques de Savoie


I. — LE CHATEAU DE NEMOURS

Les villes de Savoie ont déjà tout le pittoresque de ces petites cités d’Italie juchées sur leurs collines et dont les anciens remparts sont battus de jardins à demi sauvages. Leur rudesse, sous un climat plus âpre, se tempère de cette grâce italienne qui s’insinue jusque dans les caresses de l’air et les nuances du ciel. Au-dessus du bleu Léman, Thonon se dresse comme un îlot arborescent et ses hautes murailles semblent portées sur des pilotis de verdure. Chambéry, avec ses portiques, son dédale de ruelles, ses vieux hôtels aux vastes cages d’escaliers à colonnes pareilles à celles des palais de Gênes, garde son précieux aspect de capitale en appuyant toute sa vie immobile au château de ses ducs, grand corps de bâtiments aux pierres noircies qui date du XIVe siècle et dont la pesante architecture est à peine relevée par quelques moulures en saillie. Mais cette carrure puissante s’accote à droite contre le chevet de la Sainte-Chapelle, délicate fleur ogivale que supportent, comme une tige solide, des soubassements de forteresse. A gauche, c’est la Tour des Archives, couverte de lierre et de vigne vierge, elle-même couronnée par un donjon repeint en blanc dont la charmante fanfaronnade est d’une aigrette ou d’un panache. Ces constructions, d’âges et de caractères divers, retardées ou poussées selon les ressources financières des princes et leurs ambitions, sont moins ordonnées, mais plus éloquentes que les édifices uniformes dus à un seul maître des travaux. Une longue suite d’histoire y habite