Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/871

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nombre de nous a, soit comme observateur et régleur de tir, soit comme bombardier, soit comme chasseur, connu maintes fois depuis la guerre, l’ivresse du vol, il serait ridicule de se donner des airs de découvrir des sensations devenues presque banales. Ce dont il s’agit ici, c’est de montrer que ces sensations ne doivent plus être seulement sporadiques, épisodiques, si j’ose dire, fortuites, mais qu’elles sont devenues une des parties intégrantes de la vie moderne, et que par-là même elles ont cessé d’être des sensations pour devenir comme des sortes de choses habituelles, de réflexes sans lesquels il manquerait quelque chose au fonctionnement régulier du monde.


* * *

Le transport quotidien des passagers et des marchandises de Paris à Londres est assuré par un certain nombre d’organisations, dont la plupart sont, hélas ! anglaises, bien que les nôtres ne leur cèdent en rien pour la puissance et le confort des appareils et l’excellence des pilotes. Mais là, comme en d’autres domaines, les appuis gouvernementaux et publics se produisent chez nos voisins avec moins de parcimonie et de trop prudente lenteur que chez nous.

C’est pourtant dans un avion français, le célèbre et confortable Goliath, que j’ai désiré être transporté à Londres. — Voici comment les choses se passent. Au jour convenu, vous êtes pris à votre domicile à la fin de la matinée dans une confortable auto de la « Compagnie des Grands Express Aériens. » — Ne trouvez-vous pas qu’il y a déjà quelque chose de très moderne dans cette appellation qui demain sera aussi communément courante que celles de nos grandes Compagnies de chemins de fer ou de transports maritimes ? L’analogie se complète d’ailleurs dès maintenant par maints détails et notamment par la publication d’horaires réguliers et de tarifs de transports pour passagers et marchandises. Nos valises installées dans le fond de l’auto, nous traversons rapidement Paris, et par la porte de la Villette nous voici bientôt au Bourget, à l’aérogare principale de la capitale. On dit aussi aéroport. S’agit-il d’une gare ou d’un port ? L’un et l’autre se dit et se dira pendant quelque temps encore, et jusqu’à ce que le débat soit tranché dans un sens ou dans l’autre par un ukase indiscuté de l’Académie française, — le jour où, son long cycle alphabétique enfin parcouru, elle reviendra à la lettre A.

Donc, voici devant nous l’aéroport le plus important du monde de par son trafic. — Le premier coup d’œil montre une plaine où stationnent quelques avions, que d’autres survolent ; autour du