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moins secoués dans notre nef aérienne que nous ne l’eussions été le même jour dans une nef aquatique flottant prosaïquement sur la Manche, dans ce plan des x et des y, qui ne prend lui-même toute sa valeur que lorsque les sensations délicieuses que procure l’axe des z permet de l’embrasser d’un regard.

Sur le vaste terrain que bordent les hangars égaux et alignés comme des soldats, des avions nombreux sont posés, arrivent, partent. Le côté arrivée et le côté départ sont d’ailleurs soigneusement délimités par des barrières et d’énormes écriteaux.

Voici un petit avion biplace qui vient se poser en froufroutant, tout juste à côté de l’écriteau « Arrivée. » Un voyageur en descend en par-dessus de ville et chapeau melon, sa valise à la main. Il vient de Bruxelles, comme il viendrait du village voisin. En voici un autre venant de Nancy. Voici maintenant qu’arrive un énorme Handley-Page, qui doucement et docilement vient se poser à côté des précédents arrivants, qui semblent maintenant minuscules.

Il vient de Londres. C’est l’avion géant des Anglais, le rival britannique de notre Goliath, dont il diffère d’ailleurs énormément par sa couleur de terre glaise et ses deux paires d’ailes inclinées vers le centre et formant un double angle dièdre caractéristique. Ces Handley-Page sont les anciens avions de bombardement à grande puissance de l’armée britannique, qui ont été transformés habilement en avions commerciaux.

Le trafic est intense et continuel à l’aéroport du Bourget. J’emprunte à mon confrère et ami Robert Guérin, dont la compétence en ces matières fait autorité, la statistique suivante du mouvement du port du Bourget de janvier à juillet 1920. Dans ces chiffres ne sont pas compris les avions qui effectuent des promenades aériennes ou ceux qui viennent d’aérodromes voisins ou y vont :

Janvier 1920, 200 avions ; février, 270 ; mars, 350 ; avril, 300 ; mai, 700 ; juin, 900 ; juillet. 950.

On voit que la courbe est nettement ascendante. Il existe actuellement plus de quinze compagnies aériennes ayant leur point d’attache au Bourget et qui desservent régulièrement l’Angleterre, la Suisse, l’Espagne et, depuis peu, la Tchéco-Slovaquie, en attendant mieux et plus.

Je passe rapidement sur la manière dont est assuré au Bourget le transbordement de la poste par avions (lettres et colis), qui marche aujourd’hui d’une manière excellente, et je reviens à notre Goliath qui, comme de juste, attire plus spécialement la dilection de ceux