Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/888

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incomplète, ont dit toutes les raisons qui justifient à leurs yeux la reprise de nos relations diplomatiques avec le Vatican. MM. Noble-maire et Colrat, rapporteurs de la Commission des finances et de la Commission des affaires extérieures, sont intervenus dans le même sens avec un éclatant succès. Enfin, M. Georges Leygues, revenu de Londres entre deux paquebots, a excellemment résumé la pensée qui avait inspiré le projet, et le débat, depuis longtemps épuisé, s’est terminé dans une séance de nuit.

Parmi les talents si variés qu’a révélés ou consacrés cette discussion, il me sera permis de saluer, avec une joie particulière, n’allais-je pas dire paternelle? celui de M. Maurice Colrat. Comme MM. Léon Bérard, André Paisant et Reibel, M. Colrat a été jadis un de mes meilleurs collaborateurs du Palais et je ne me rappelle pas sans émotion, et sans un peu de mélancolie, le temps où tous quatre venaient dans mon cabinet se délasser de la préparation des dossiers dans quelques conversations d’ordre général. Je les voyais déjà tentés par la politique et je faisais alors, je l’avoue, tout ce qui dépendait de moi pour les en éloigner et pour les retenir, au moins quelque temps, au barreau. Mais le démon qui les possédait a été plus fort que moi et comment ne pas me réjouir maintenant de ma défaite ? Les voici tous quatre devenus des maîtres de la tribune. Léon Bérard, ministre d’hier et de demain, est vice-président de la Chambre. Reibel est sous-secrétaire d’État. Dans un débat où la moindre maladresse eût déchaîné des orages, Maurice Colrat vient de faire preuve d’un tact, d’une mesure, d’une délicatesse de touche, auxquels son principal contradicteur, M. Herriot, a tenu à rendre publiquement hommage. Quelle satisfaction et quelle fierté pour le vieux « patron, » aujourd’hui blanchi sous le harnais, d’assister, même d’un peu loin, aux triomphes de ses jeunes amis !

M. Colrat a, dès les premiers mots, très loyalement posé la question qui divisait la gauche de la Chambre. Nous n’entendons pas, a-t-il déclaré, toucher aux principes essentiels de notre droit, ni renoncer aux lois organiques de la laïcité. Il répondait ainsi, tout de suite, par une assurance précise, aux inquiétudes qu’avaient exprimées MM. Herriot, Paul Boncour, Varenne et Ferdinand Buisson.

Sans doute, avait dit notamment M. Herriot, nous sommes prêts à faire des concessions et des sacrifices pour maintenir, au-dessus de tous les partis, l’union nécessaire des Français. Mais nous entendons que, du point de vue religieux, notre pays reste dans l’état où il était avant la guerre, c’est-à-dire sous le régime de la séparation. Qu’on le veuille ou non, la reprise de relations diplomatiques avec le