Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/896

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


maintenir contre toute agression extérieure l’intégrité territoriale et l’indépendance politique présente de tous les membres de la Société. En cas d’agression, de menace ou de danger d’agression, le Conseil avise aux moyens d’assurer l’exécution de cette obligation. » Si, dans ses frontières élargies, la Grèce était attaquée par la Turquie, la Grèce pourrait donc s’adresser à la Société des nations et particulièrement aux Alliés qui l’ont fondée. Je sais bien que nous aurions la ressource de répondre : « Le Conseil va aviser aux moyens d’assurer l’exécution de ses obligations. » Mais cette réponse, sans doute, ne serait pas du goût de la Grèce. Nous nous serions donc mis nous-mêmes, à tout le moins, dans une position délicate.

Nous avons cependant poussé la Grèce en Europe jusqu’aux portes de Constantinople, ingénieuse combinaison pour mécontenter à la fois les Bulgares, les Grecs et les Turcs; car les premiers sont, non seulement coupés de la mer Egée, sauf la liberté de transit qui leur est reconnue par l’article 4 d’un traité spécial, mais voient, les Grecs pénétrer jusqu’à la Mer Noire et à la mer de Marmara; les seconds sont conduits à deux pas de la ville dont la conquête avait pour eux une valeur symbolique et ils sont, en même temps, empêchés d’y entrer; les troisièmes ne conservent en Europe que quelques malheureux kilomètres carrés, grevés, d’ailleurs, de servitudes telles qu’ils ne peuvent même plus s’en considérer comme les véritables propriétaires.

D’autre part, l’article 69 du traité principal nous dit, avec une délicieuse ironie, que la ville de Smyrne et les territoires adjacents restent sous la souveraineté ottomane ; et il en donne, tout de suite, une preuve éclatante, c’est que le pavillon ottoman sera hissé, d’une manière permanente, sur un fort extérieur de la ville. Mais la Turquie n’aura même pas le droit de choisir ce fort; il sera désigné par les Puissances que le traité appelle, suivant l’impertinente formule que nous ne connaissons que trop, les Principales Puissances alliées; et, du reste, cette pauvre souveraineté, dont ce drapeau sera l’emblème, que devient-elle dans le reste de l’article 69? La Turquie en transfère immédiatement l’exercice à la Grèce. Il est prévu un Parlement local, un régime douanier spécial, une occupation militaire grecque, et, cinq ans après la mise en vigueur du traité, le Parlement local pourra, par un simple vote émis à la majorité, demander au Conseil de la Société des nations l’incorporation dans le royaume de Grèce de la ville de Smyrne et du territoire voisin. Territoire fort étendu qui, sur la mer Egée, va des environs