Page:Revue des Deux Mondes - 1921 - tome 6.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Encore ces raisons ne sont-elles que secondaires : il en est une autre qui les domine toutes. La France doit compter sur elle-même pour la préservation de sa sécurité nationale ; cette sécurité ne peut exister sans une marine puissante ! Tout d’abord nous nous trouvons dans une situation analogue à celle de l’Amérique, obligés que nous sommes de faire front sur deux mers : Atlantique et Méditerranée. Dans l’Atlantique, nous devons entretenir une force absolument indépendante de celle que nous armerons dans le Midi, car le passage par le détroit de Gibraltar est trop long ou trop précaire pour que nous puissions compter sur une jonction de nos escadres en temps opportun. Nous aurons donc à assurer l’inviolabilité de nos rivages, qui s’étendent de Dunkerque à la Bidassoa, tout en ayant une escadre susceptible de bloquer celle du Reich allemand ; c’est dire qu’elle devra être composée de navires supérieurs aux huit cuirassés, aux huit croiseurs et aux seize destroyers que l’Allemagne est autorisée à conserver et à remplacer en vertu du traité de Versailles. D’autre part, ainsi que notre délégation l’a exposé à la Société des Nations, la sécurité absolue des communications entre les ports de la côte de Provence et de l’Algérie-Tunisie, ainsi qu’entre l’Afrique Occidentale et nos ports de la côte Ouest, constitue pour la République une nécessité vitale. La plus élémentaire prudence nous commande de maintenir en Méditerranée une force supérieure à celle de la Marine la plus forte, représentée dans cette mer, sans envisager, d’ailleurs, l’éventualité d’un conflit possible avec une nation méditerranéenne quelle qu’elle soit.

Ne voit-on pas que la France est obligée de suppléer à l’infériorité numérique de sa population vis-à-vis de l’Allemagne, qui peut devenir demain l’alliée de la Russie soviétique, par la mobilisation de son armée d’Afrique ? Le lac, qui sépare la France européenne de la France africaine doit être un lac français ; comment se trouve-t-il des esprits assez peu avertis pour ne pas comprendre que le sort de notre patrie, qui se jouera sur le Rhin, dépendra de la mobilisation plus ou moins prompte et plus ou moins absolue de nos effectifs africains ? La route maritime de Marseille à Alger n’est que la prolongation du rail de Strasbourg à la Méditerranée. Vouloir faire contrôler par d’autres cette voie de communication essentielle à l’existence de notre pays, serait une imprévoyance aussi