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UN PASSÉ COMPLIQUÉ

enfin par le scandaleux spectacle de ses répugnantes unions et de ses absurdes cruautés, Ivan iv fut tout le contraire d’un grand chef d’État.

Soit comme « maire du Palais » pendant le règne du faible Feodor, fils aîné d’Ivan, soit comme tsar élu après la mort de ce dernier, le boïar Boris Godounof aggrava une situation déjà fâcheuse en édictant la loi qui fit du paysan un serf attaché au sol et ne pouvant s’en émanciper ; cette mesure néfaste qui devait peser d’un poids si lourd sur tout l’avenir Russe, fut prise légèrement dans le seul but de plaire à la petite noblesse sur laquelle Boris s’appuyait. Comment le trône fut ravi au fils de ce dernier par un aventurier, lequel se donnait pour un enfant d’Ivan le Terrible que l’on croyait avoir été assassiné, comment cet aventurier fit preuve, pendant son règne éphémère, des plus hautes qualités, quelle catastrophe l’emporta et en quelle effroyable anarchie tomba la Moscovie, voilà ce qu’il nous suffit d’indiquer ici. Le nom qui domine cette période tourmentée est celui du boucher de Nijni-Novgorod, l’immortel Kozma Minine dont la brève apparition dans l’histoire de Russie rappelle le fulgurant zigzag de Jeanne d’Arc à travers la nôtre. Là aussi la religion fut l’instigatrice ; des moines parlèrent et prêchèrent ; Minine souleva le peuple : les Polonais furent chassés de Moscou et les États Généraux assemblés choisirent pour tsar Michel Romanof.

Le second des Romanof, Alexis, régna trente-et-un ans (1645-1676). Après un intérim de quelques années, où le pouvoir fut exercé par ses frères aînés et sa sœur Sophie, Pierre le Grand monta sur le trône. Par des moyens différents, avec un génie inégal, Alexis et Pierre assirent sur des bases solides la grandeur future de leur empire. De tous les tsars, celui-là, sans doute, est le plus fameux ; il ne faudrait pas pourtant ne rapporter qu’à lui des résultats auxquels ses prédécesseurs avaient si largement travaillé ; tout non plus n’est pas à louer dans l’œuvre de ce grand agité. Ses réformes économiques sont dignes de tout éloge ; elles s’inspiraient, d’ailleurs, du système cher à notre illustre Colbert ; c’est tout dire. Ses réformes militaires sont fort remarquables ; Pierre le Grand, qui possédait quatre à cinq régiments d’infanterie au siège d’Azof, laissa derrière lui, en mourant, une armée régulière de 210.000 hommes, chiffre énorme pour l’époque. Mais les réformes civiles et religieuses auraient certainement gagné à être moins radicales et à s’inspirer de principes plus libéraux. En