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QUE FAUT-IL PENSER DU SOCIALISME ?

exemple, l’examen de conscience de l’électeur au moment d’adhérer, par son vote, à l’une des doctrines contradictoires dont se réclament les candidats en présence.


Il faut l’estimer et s’en méfier

On fait d’ordinaire des distinctions subtiles entre le socialisme et le collectivisme ; pour nous, c’est tout un, non pas que le socialisme contienne de toute nécessité le collectivisme intégral ; beaucoup d’ardents socialistes ne vont pas jusque là. Mais s’il ne le contient pas nécessairement, il y tend nécessairement ; c’est une question de plus ou de moins. Il est clair qu’il n’y a point de socialisme sans collectivisme ; la dose seule varie ; le principe est immuable. De telles distinctions nous semblent donc oiseuses.

Cela étant, le socialisme apparaît au point de vue doctrinaire comme éminemment respectable, car il procède de ce qu’il y a de meilleur dans l’âme humaine, la notion de justice et l’impulsion de bonté. Il est digne de remarque que, de nos jours, ce n’est point d’en bas qu’est partie la propagande socialiste, mais d’en haut. À part quelques écrivains qui ont prêché le nouvel évangile avec l’arrière-pensée d’en tirer de la notoriété pour leurs ouvrages et des avantages pécuniaires pour eux-mêmes, presque tous ceux qui en sont devenus les disciples ont été attirés par les côtés généreux de la doctrine ; et ces disciples convaincu ont fourni, à leur tour, un noyau d’apôtres au zèle ardent dont le désintéressement est parfois admirable. D’ailleurs s’agit-il bien d’un nouvel évangile ? N’est-ce pas plutôt le vieil évangile, renouvelé et rajeuni, dont s’inspirent ces hommes ? Et avec sa foi en lui-même, son espérance invincible en l’avenir, sa charité débordante, le socialisme ne repose-t-il pas, comme le christianisme, sur le trépied des vertus « théologales » ? Il faut avoir assisté à certaines réunions socialistes en Allemagne pour apprécier le degré de ferveur religieuse auquel peut atteindre une foule enfiévrée par le commentaire éloquent qu’un Bebel sait donner d’un passage du prophète Karl Marx. Loin d’apercevoir dans ces auditoires vibrants la grossière excitation des appétits matériels, on y devine parfois toute proche et prête à éclater cette folie d’abnégation qui a procuré jadis tant de puissance à des cultes naissants et leur a